Musiciens de la nouvelle économie recherchés

6 mai 2008 by Pierre M

Tous les créateurs qui recherchent désespérément “le” modèle d’affaires qui leur permettrait finalement de gagner décemment leurs vies avec le web devraient jeter un coup d’oeil aux discussions en cours sur le blogue The Technium. Le concept des “1000 True Fans” avancé par Kevin Kelly pourrait bien être l’eldorado tant recherché de l’économie internet. À tout le moins, c’est une très bonne piste.

En fait, c’est de 2 concepts distincts et complémentaires dont il est question.

Dans Better Than Free, un billet qui a eu un beaucoup d’écho sur la toile, Kelly énumère 8 valeurs “génératives” qui permettraient aux fournisseurs de contenus de faire de l’argent avec internet. La prémisse ici, c’est qu’internet est une gigantesque machine à “copier”, et qu’on ne peut donc plus faire de l’argent simplement en vendant des “copies”. C’est le problème auquel font faces tous les webtv, blogues, musiciens et autres créateurs du monde web.

Les copies étant gratuites, avec quoi peut-on maintenant faire de l’argent? Simplement en vendant des choses qui ne se copient pas.

Si vous voulez plus de détails sur ces 8 valeurs, je vous suggère de lire le billet (il y a une traduction en français ici), mais ils sont par exemple, la personnalisation, l’immédiateté (même si la copie est gratuite, l’avoir avant tout le monde peut certainement avoir une valeur), le patronage (paiement fait de façon volontaire), la “trouvabilité” (à quoi sert quelque chose de gratuit si l’on ne peut la retrouver dans l’immensité de la toile), etc.

Le concept des 1000 vrais fans, lui, énonce que pour vivre de son art, il n’est plus nécessaire de viser le méga succès suivi des traditionnels contrat, promotion et célébrité, tel qu’il est pratiquement la norme dans l’industrie. Plus facilement, on peut arriver à vivre de ses oeuvres en développant et “cultivant” un réseau composé d’un nombre limité de véritables admirateurs, prêts à acheter à peu près tout ce que l’on a à offrir, toujours selon les 8 valeurs génératives mentionnées précédemment. Le nombre de 1000 est davantage un ordre de grandeur qu’une valeur absolue. Pour certains, le nombre de vrais fans requis peut être de 10 000, pour d’autre 100. Chacun est un cas particulier.

On s’en doute, et on le voit dans les commentaires, plusieurs ont des doutes sur la viabilité d’un tel modèle. De plus, une recherche dans le domaine de la musique n’aurait déniché aucun musicien qui réussit à vivre uniquement de cette façon.

Pour démontrer le concept, Kevin Kelly lance donc un appel afin de trouver des musiciens qui répondraient aux conditions suivantes: pas de liens présents ou passés avec l’industrie musicale traditionnelle, et vivant à 100% de son oeuvre dans un environnement “open media” ou “free culture“. Il affirme que s’il n’en trouve aucun, il rendra les armes.

À tort à mon avis.

Ce modèle économique n’est possible que grâce à internet. La source même de son existence découle de l’essence du web: la communication. Il est donc tout à fait normal qu’une des clés essentielles à son succès réside dans la qualité du lien entre les fans et l’artiste. Cela est d’ailleurs souvent mentionné par les lecteurs de Kevin Kelly pour expliquer les échecs: la difficulté de l’artiste à établir une communication adéquate avec ses fans, soit par manque de temps, par manque de compétences, ou simplement par manque d’intérêt.

Ce sont les artistes qui maîtriseront les compétences requises en cette ère de communication totale qui pourront bien réussir à vivre de ce modèle. Entre autres, ils doivent avoir le “blogging”, le “chatting”, le “twittering, le “facebooking” et autres compétences de “social networking” littéralement dans le sang. Les créateurs doivent avoir les automatismes et le désir de communiquer avec leurs fans efficacement et sans douleur, et surtout avoir du plaisir à le faire. Après tout, la création est elle-même une forme de communication.

Si vous jetez un coup d’oeil aux pages personnelles de jeunes adultes, il est évident que cette génération sera beaucoup mieux équipée pour réussir dans ce nouveau paradigme (malgré les problèmes d’orthographe ;-) ). Ils sont nés avec l’outil et sont beaucoup plus à l’aise pour l’utiliser que les générations précédentes. Et ils assument aussi probablement davantage leur exhibitionnisme latent.

Je crois que le concept de 1000 True Fans représente un modèle d’affaires très prometteur pour l’avenir de la création sur internet. Même s’il s’avère difficilement réalisable pour l’instant, ce qui reste à démontrer, je demeure convaincu que ce n’est pas la fin de l’histoire.

Pierre M

D’autres petites vites

3 mai 2008 by Pierre M

Encore une fois, je vous fais part de mes petites découvertes faites au cours de mes pérégrinations sur le web.

Les sons holophoniques: mettez un casque d’écoute (recommandé) et fermez les yeux. Une illusion auditive hallucinante.

Pour les non “gamer” intéressés à voir où la qualité des jeux vidéo en est rendue. Impressionnant. Imaginez maintenant ce genre de jeux avec des sons holophoniques. Succès garanti.

Une autre façon amusante d’utiliser internet pour faire du marketing.

À voir dans les écoles des biens nantis du futur.

Une création visuelle addictive.

Un nouveau concept de vidéo 360. Intéressant.

Et finalement, pour ceux et celles n’ayant pas encore eu l’occasion de voir cette vidéo extraordinaire, un mème classique d’internet. Ce qui est drôle, ce sont les commentaires des gens qui prennent en pitié les “gentils” buffalos contre les “méchants” lions. Les lions n’ont pas le droit de manger eux?

Pierre M

Des yeux pour l’opinion publique

29 avril 2008 by Pierre M

On a énormément parlé dans les médias et la blogosphère montréalaise des évènements déplorables qui ont suivi la victoire du Canadien en 1ere ronde des séries.

Ce qui a également beaucoup retenu l’attention, c’est la couverture “youtoubesque” de l’évènement. En effet, un très grand nombre de vidéos ont été captées et mises en ligne par les gens présents. «Dès qu’il y avait de l’action, tout le monde sortait son cellulaire pour filmer» raconte un participant.

Ce que les médias ont surtout retenu de ce nouveau phénomène c’est l’aide que cela va apporter au travail des policiers. D’autant plus que de nombreuses personnes ont choisi de leur remettre directement les preuves filmées. Il y en a même pour crier à la délation.

Mais si les autorités ici semblent se réjouir du phénomène, probablement que cela les rend également passablement plus nerveux. Leurs moindres faits et gestes un tant soit peu controversés risquent eux aussi de se retrouver sur la place publique. Et cette fois, le risque ne provient plus uniquement d’une institution journalistique en général plus facilement “gérable”.

Les bavures seront infiniment plus difficiles à cacher en cette ère de communication totale. L’opinion publique a les yeux de plus en plus perçants.

Je crois bien vous avoir déjà parlé du 5e pouvoir, n’est-ce pas?

Pierre M

Boycottage mémétique

9 avril 2008 by Pierre M

On parle énormément ces jours-ci de la pertinence ou non de boycotter les Jeux olympiques de Beijing. Que ce soit le boycott de l’évènement au complet ou uniquement de la cérémonie d’ouverture, le débat fait rage. Et à voir le succès des manifestations entourant le parcours de la flamme, une partie importante de la population semble se sentir concernée par le sujet.

Ce qui me surprend dans tout ça c’est que, malgré les nombreux appels au boycott visant la classe politique mondiale, aucune initiative à grande échelle visant monsieur et madame tout le monde ne semble exister. On retrouve bien sur Facebook de nombreux groupes faisant la promotion d’un boycottage mais, corrigez-moi si je me trompe, aucune initiative mondiale du type Earth Hour.

Pourtant, on le sait et on le dit, la Chine semble vouloir utiliser les Jeux comme outil de promotion, pour ne pas dire de propagande. Dans ce contexte, la population mondiale possède un pouvoir non négligeable, le pouvoir de simplement refuser de “consommer” et de propager l’information. Quelle meilleure façon d’exprimer un désaccord à celui qui désire par-dessus tout de la visibilité que de l’ignorer complètement.

Il y aurait bien sûr un impact économique sur les diffuseurs traditionnels (télévision, journaux), et par ricochet sur le CIO (à l’avenir, ils y réfléchiront à deux fois avant d’accorder les jeux à ce genre de pays controversé) et sur l’organisation chinoise.

Mais c’est surtout le potentiel d’un tel boycott sur la toile qui est intéressant. Imaginez si aucun blogue ne parle de l’évènement, si personne ne “digg” l’information et si les internautes boudent les sites traitant de celle-ci. On assisterait à l’une des premières “manifestations mémétiques” (relatif au mèmes) à grande échelle de l’histoire.

L’impact symbolique serait extraordinaire. Plus que symboliques, les répercussions à long terme seraient à mon avis considérables bien que difficiles à prévoir.

Et tout ça par une action hautement pacifiste. C’est d’ailleurs ce qu’a décidé de faire Patrick Lagacé du journal La Presse.

Personnellement, je ne crois pas que le boycottage des Jeux dans son ensemble soit une bonne idée. Historiquement, l’impact de ce genre d’initiative s’est avéré négligeable. Ensuite, les victimes principales en sont les athlètes. Mais surtout, cela risque de braquer d’une façon dangereuse le peuple chinois qui vit malheureusement sous le joug d’une désinformation institutionnalisée.

Par contre, le boycottage de la cérémonie d’ouverture, qui n’est rien d’autre qu’un gros évènement de relation publique pour la Chine, représente un compromis intéressant. De plus, étant un évènement très ponctuel, un boycottage mémétique est beaucoup plus réalisable, et aucun athlète n’en serait pénalisé.

Le 5e pouvoir a ici un moyen puissant de se faire entendre. Reste à savoir si le bébé est prêt à se redresser.

Pierre M

Un flash mob nommé Earth Hour

4 avril 2008 by Pierre M

Avez-vous songé que l’évènement Earth Hour du week-end passé avait été en réalité un gigantesque flash mob à l’échelle planétaire?

Quand je mentionnais dans un billet passé que les flashs mobs, qu’on associe en général à des évènements futiles du genre bataille d’oreillers, étaient un phénomène précurseur de quelque chose de beaucoup plus significatif, je n’avais pas réalisé qu’on en était déjà à ce point là.

Le mouvement Earth Hour est essentiellement symbolique, mais les économies d’énergie sont quand même réelles et significatives. Et surtout, comme campagne de sensibilisation, c’est particulièrement réussi.

Le succès de l’évènement démontre que nous sommes nombreux sur cette planète à être sensibles aux bonnes causes, et prêts à nous impliquer d’une façon quelconque.

Avec le web comme catalyseur, les actions de masse, qu’elles soient à caractère environnemental, politique, économique ou autres, ont un potentiel d’influence et d’accomplissement extraordinaire. Encore une fois, il ne s’agit que de réussir à atteindre une masse critique de participants pour que ces mouvements deviennent une nouvelle puissance significative dans notre monde, un cinquième pouvoir.

Des initiatives très prometteuses sont d’ailleurs déjà en branle sur la toile. Le site web The Point, lancé en septembre 2007, regroupe et coordonne les internautes autour d’actions, pour contribuer à résoudre divers problèmes soumis par eux. Le concept est très bien, et il en existe probablement d’autres. Il n’y manque plus que les participants pour que les riches et puissants de ce monde tremblent devant ce nouveau pouvoir.

Allez et participez en grand nombre, ensemble on peut changer le monde.

Pierre M

Big Brother Google

1 avril 2008 by Pierre M

Via Revue de web du Nouvel Obs.

La branche française des Big Brother Awards (BBA-F) vient de décerner un prix Orwell 2007 à Google pour l’ensemble de son oeuvre.

Les Big Brother Awards sont des “récompenses” octroyées aux entreprises privées, aux agences gouvernementales ou aux individus qui ont particulièrement “excellé” dans les violations de la vie privée. Ils sont remis indépendamment dans une quinzaine de pays, et la première remise internationale a eu lieu en mai 2007 à Montréal.

Selon un rapport du groupe Privacy International, Google est la seule entreprise à avoir obtenu la pire appréciation “Hostile to privacy” lors d’une étude comparative de 23 grands sites internet. À ma grande surprise, Google a même été jugé pire que Facebook à ce chapitre. C’est tout dire, et très inquiétant.

D’autant plus inquiétant que Google est l’un des chefs de file du Cloud Computing, cette tendance lourde, et à mon avis très prometteuse, qui émerge inéluctablement dans le monde de l’informatique et du web. Et avec l’avènement du Cloud Computing, l’enjeu de la protection des informations personnelles et de la vie privée sera exacerbé d’une façon sans précédent.

Si l’on veut que les internautes puissent bénéficier du Cloud Computing tout en évitant que celui-ci ne devienne un outil d’aliénation dangereux entre les mains des puissants de ce monde, la communauté devra trouver une façon de modérer les dérives de l’industrie en ce domaine.

Ce qu’il serait souhaitable, c’est que la communauté web se dote de ses propres règles de confidentialité et de conditions d’utilisation, élaborées par l’entremise d’un wiki par exemple. Puis, en favorisant dans les choix de consommation les entreprises qui y souscrivent, qu’elle “convainque” l’industrie d’y adhérer par la seule force de son poids économique. La réussite d’une telle initiative ne dépendrait que de l’importance de la communauté et de son degré d’activisme. Il s’agit d’arriver à atteindre une masse critique d’internautes pour que le mouvement connaisse une croissance catalytique, et devienne incontournable pour l’industrie. Rien d’impossible avec une bonne campagne de promotion et de sensibilisation. C’est à mon avis tout à fait réalisable, et hautement souhaitable.

En tout cas, s’il y a des volontaires pour mettre en place ce genre d’initiative, ou si cela existe déjà, je participerai avec plaisir.

Sinon, on pourrait un jour en arriver à ça. ;-)

Pierre M

La loi de Craigslist

27 mars 2008 by Pierre M

Une nouvelle hilarante ici à propos de la mésaventure d’un gars de l’Oregon avec le site de petites annonces Craigslist. Quelqu’un aurait publié à son insu une annonce à l’effet que toutes ses affaires, incluant son cheval, étaient à donner. Il a eu toutes les misères du monde à stopper des gens qui se poussaient allègrement avec ses affaires en s’obstinant qu’ils étaient dans leurs droits, sous prétexte que c’était annoncé sur Craigslist.

C’est comique, mais en même temps triste. Triste parce que c’est une indication que les internautes en général n’ont pas encore acquis la maturité nécessaire pour bien utiliser le web.

On le sait depuis longtemps, l’information est l’une des principales clés du pouvoir. En mettant à notre disposition une quantité quasi illimitée d’information, non censurée et facilement accessible, le web nous donne à tous, internautes, un pouvoir sans précédent dans l’histoire humaine. Un grand pouvoir.

Et qui dit grand pouvoir dit grande responsabilité.

Contrairement à ce à quoi les médias traditionnels nous ont (presque) habitués, l’information disponible sur le web est loin d’être toujours exacte. L’une des grandes responsabilités qui incombent dorénavant aux internautes est celle de développer et d’utiliser un sens critique à l’égard de toute cette information. La responsabilité de réfléchir sur l’information.

La communauté numérique ne pourra pleinement bénéficier du nouveau pouvoir de l’information que lorsqu’elle aura acquis la maturité nécessaire pour prendre en charge les responsabilités qui vont avec.

Prenez l’exemple du journalisme citoyen. Ce phénomène est très critiqué parce que l’information qu’on y retrouve n’est pas nécessairement vérifiée, complète, impartiale ou même véridique. Ce qui est tout à fait exact.

Pourtant, pouvoir disposer presque en temps réel d’information à la source provenant des gens qui vivent et souvent subissent l’évènement est tout simplement extraordinaire. Ou plutôt, a le potentiel d’être quelque chose d’extraordinaire, si les internautes développent le sens critique requis pour utiliser l’information adéquatement et à sa juste valeur. Sinon, le journalisme citoyen peut effectivement être un outil plutôt pernicieux, et même dangereux.

On pourrait croire que nous sommes encore loin d’avoir acquis cette maturité. Peut-être bien, mais je crois que cela viendra. Après tout, la nouvelle révolution de l’information n’en est qu’à ses tout débuts. J’ai bon espoir que les prochaines générations seront bien meilleures dans l’utilisation de l’information. Et c’est alors qu’on réalisera vraiment le plein potentiel du web.

Pierre M

L’anonymat: pour le meilleur, ou pour le pire?

15 mars 2008 by Pierre M

S’il y a un sujet de tout temps controversé et âprement débattu dans la blogosphère, c’est bien la question de l’anonymat. Surtout lorsque l’on tombe sur ce genre de nouvelle.

Deux positions extrêmes et apparemment irréconciliables s’y affrontent.

Il y a ceux qui défendent ardemment le droit à l’anonymat afin de protéger la vie privée et la liberté d’expression. Sur le site de l’organisme américain Electronic Privacy Information Center, on peut entre autres y lire que “l’anonymat est un rempart contre la tyrannie de la majorité” (traduction libre).

Il est indéniable que l’anonymat procure une certaine protection de la vie privée. Et en ce sens, l’anonymat est peut-être une soupape de sécurité opportune, sinon indispensable, pour lutter contre les dérapages possibles des sociétés dans leur utilisation des technologies et du web.

Devoir de réserve, régime totalitaire, crainte du rejet, difficulté à assumer certains aspects de sa personnalité, plusieurs raisons peuvent limiter grandement la liberté d’expression lorsque l’identité est affichée au grand jour. Les cas de répressions sont malheureusement légion, même dans nos pays “libres”.

On peut argumenter que cette protection est somme toute relative et que, par exemple, cela n’a pas empêché la RIAA d’effectuer ses basses oeuvres. Mais dans l’état actuel des choses, elle est probablement suffisante, et de toute façon les moyens technologiques existent, et existeront toujours, pour qui veut la renforcer.

Ceux qui réprouvent l’anonymat évoquent surtout la perte de crédibilité et l’impunité ouvrant la porte aux comportements malfaisants ou diffamatoires.

Perte de crédibilité? Effectivement, l’internaute anonyme s’expose à être boudé par d’autres, ou même carrément écarté de certains sites et forums où l’on considère la crédibilité comme essentielle. Mais chaque personne est à même de peser le pour et le contre et de faire un choix approprié pour elle-même. Et d’en assumer les conséquences éventuelles. C’est un choix personnel et je ne vois aucune raison de ne pas respecter cela.

Reste le problème grave de la diffamation et des autres comportements nuisibles, faits sous le couvert de l’anonymat. Malheureusement, les blogues et les forums de discussions subissent régulièrement les sévices de trolls et autres contributeurs indésirables. Mais sauf dans des cas où les préjudices sont jugés suffisants pour avoir recours aux systèmes judiciaires (et dans ces cas, l’anonymat est souvent possible à lever: voir RIAA), il n’est pas nécessaire ni même utile de savoir que le connard anonyme qui t’insulte sur ton blogue s’appelle Joe Blo. La frustration vient plutôt du fait que l’on ne sait rien du personnage, qu’il nous est impossible de communiquer avec lui. Le malaise est en fait dû à l’absence de visage associé au conflit. Mais pouvoir y associer un “visage numérique” est à mon avis tout à fait suffisant. Personnellement, me faire insulter par “Anonymous” est inacceptable. Mais si cela vient d’un internaute ayant pignon sur rue numérique, avec un blogue, un profil MySpace, ou n’importe quoi du même genre, cela ne fait aucune différence si celui-ci s’affiche en utilisant son vrai nom ou un pseudonyme du genre farouche28.

Pour le meilleur et pour le pire, et qu’on le veuille on non, l’anonymat est très largement répandu sur la toile. Il semble répondre à un besoin, réel ou perçu, d’une grande partie des internautes. De plus, combattre l’anonymat c’est encore une fois s’engager dans une course aux armements technologiques coûteuse et sans fin entre les “bons” et les “méchants”. À mon avis, on doit plutôt trouver le moyen d’encadrer adéquatement ce désir d’anonymat.

Peut-être que la solution à long terme réside dans l’établissement d’une identité numérique standardisée, anonyme ou non (au choix), associée à un courriel ou à un profil quelconque. Un genre d’Open ID universel. Cela pourrait même être combiné à un système de notation de la réputation, ce qui permettrait de policer jusqu’à un certain point les comportements répréhensibles. À mon avis, c’est un futur très plausible et peut être même souhaitable.

Dans tous les cas, je crois qu’il serait préférable et même primordial de conserver la possibilité de dissocier notre identité physique de notre (nos?) identité numérique. On court peut-être le risque d’induire un certain chaos, mais le secret sera d’en minimiser l’impact. Je crois que le jeu en vaut la chandelle.

Et après tout, un peu de chaos n’a jamais fait de mal à personne.

Pierre M

Le Burning Man et internet

7 mars 2008 by Pierre M

Pour ceux et celles dont la curiosité avait été piquée par mon billet sur l’avènement du “gratuit”, l’édition de mars du magazine Wired consacre sa une à cette tendance. Très intéressant.

Par le fait même, il y dévoile l’un des liens “mystérieux” que j’avais évoqués dans un billet précédent, entre le web et le Burning Man. Il s’agit de l’économie du don (aussi appelé “économie de cadeau”) ou “Gift Economy“. Je dois dire que l’association entre le net et l’économie du don n’est pas nouvelle, loin de là. Mais jusqu’à présent, ce concept demeurait cantonné dans le discours de certains spécialistes et idéologues.

L’économie du don est un système économique où les biens et services sont donnés, sans autres ententes explicites de réciprocité immédiates ou futures. Selon certains, ce fut l’un des premiers systèmes économiques à apparaître dans l’histoire humaine. Dans les premières communautés, le chaman-sorcier-guérisseur soignait les âmes et les corps, le tailleur de pierre confectionnait les outils, la sage-femme aidait aux accouchements, et tous profitaient du fruit de la chasse des chasseurs. Tous avaient un rôle, et en retour tous profitaient du labeur des autres. Pas plus compliqué que cela.

Sur le net, l’économie du don est omniprésente depuis les tout débuts. Que ce soit en rédigeant des blogues, en participant à des communautés du type Wikipedia ou en mettant en ligne les fruits de leurs créations, d’innombrables internautes contribuent volontairement au contenu offert sur le web. Et ce, sans attendre d’autre gratification que celle d’avoir accès à leur tour gratuitement au contenu offert. Cette tendance s’est intensifiée encore avec l’arrivée du Web2.0.

L’économie du don est également l’une des caractéristiques remarquables du Burning Man. C’est aussi l’un de ses principes fondateurs: tous les participants doivent contribuer à leur façon à l’évènement, peu importe la façon. C’est théoriquement un évènement sans spectateurs. En échange, tous profitent gratuitement de ce qui est offert. Et ce qui y est offert est tout simplement exceptionnel, en quantité et en qualité, mais surtout en originalité. Séances de massage, ateliers de toutes sortes, repas, bars (n’oubliez pas vos verres!), musiques, sculptures, expressions artistiques de toutes sortes, des plus simples aux plus extrêmes, raves, spectacles. Et j’en passe et des meilleurs. C’est d’ailleurs ce qui fait de cet évènement un tel phénomène. En fournissant un environnement où les limites et les tabous n’existent pratiquement pas, le Burning Man permet un foisonnement incroyable de la créativité de ses participants.

C’est d’ailleurs une autre similitude importante entre le Burning Man et le web: tous les deux favorisent l’explosion de la créativité humaine. Avec le web, on voit apparaître toutes sortes de formes d’expressions inédites, qui repoussent les limites de l’art et des communications. Dans les deux cas, les raisons en sont similaires. Tout comme le Burning Man, le web offre un environnement où les limites traditionnelles de la création et de la diffusion sont repoussées. Et lorsqu’on ouvre les horizons et qu’on repousse les limites, le potentiel créatif des gens explose.

Pourquoi l’économie du don est-elle apparue si naturellement avec l’arrivée du web? Peut-être bien parce que celui-ci réalise finalement la prédiction faite jadis par Marshall McLuhan, celle de l’avènement du village planétaire global. Et l’économie du don est le système économique qui émerge naturellement dans un village, tout comme ce fut le cas dans les premiers âges de l’humanité.

On peut voir de mauvais côtés à vivre dans un village. Entre autres, notre vie privée l’est un peu moins, et c’est effectivement ce qui arrive avec le web. Mais moi j’y vois également, et surtout, de nombreux avantages.

Pierre M

P.-S. J’en profite pour vous recommander un autre lien concernant le Burning Man. Je vous préviens cependant que si vous êtes du genre à avoir été offusqué par le “nipplegate“, ce site n’est pas pour vous ;-) .

Petites vites

4 mars 2008 by Pierre M

Pour le plaisir, j’ai décidé de vous faire part de temps en temps de mes petites découvertes “pas rapport” faites sur le web.

Un concept promotionnel génial et addictif. Je vous mets au défi de ne pas y passer de longues minutes.

Bientôt sur nos écrans d’ordinateur.

Un jeu en ligne hilarant.

Un blogue fascinant et troublant.

Dans un tout autre ordre d’idées, je me suis converti récemment à Firefox. Absolument génial, surtout avec tous les petits add-on qu’on peut y ajouter. Désolé Bill, mais bye bye Internet Explorer!

Pierre M