Archive pour février 2008

L’égoïsme et les déboires de eBay

Un bon billet de Nicholas Carr ici au sujet des déboires récents de eBay avec son système de notation des vendeurs et des acheteurs. Apparemment, cela ne marcherait pas très bien, plusieurs vendeurs se servant du système de notation pour se « venger » des acheteurs trop critiques à leurs égards.

Certains sont déçus, car ils y voient là une indication que le système d’autogouvernance par une communauté, qui promettait tant avec l’arrivé du web, ne fonctionne tout simplement pas. Serait-ce la fin de cette belle utopie de communautés autorèglementées et superdémocratiques propulsées par le web?

Je ne suis pas d’accord avec cette conclusion. Tout comme Kevin Kelly, je crois qu’un système de collaboration communautaire de type « bottom-up », à la Wikipedia ou à la eBay peut fonctionner, mais elle doit être accompagnée d’un minimum d’encadrement intelligent « top-down ». En d’autres mots, l’intelligence sygmergique de la fourmilière doit être encadrée par une gouvernance plus traditionnelle, avec une hiérarchie d’éditeurs, de contrôleurs ou de « chefs ». Cela dit, je crois que cette structure « top-down » doit elle aussi être contrôlée ou, au minimum, influencée par un apport communautaire « bottom-up ». Dans ce cas, cela demeurerait quand même un système d’autogouvernance, mais à deux vitesses.

Pour ce qui est du système de notation de eBay, les dirigeants n’avaient mis en place aucun système de gouvernance éditoriale « top-down ». D’où, de l’avis de tous, les problèmes rencontrés.

Mais, pour en revenir au billet de Nicholas Carr, un commentaire laissé par un des lecteurs m’a fait particulièrement réfléchir. Celui-ci y affirme que les systèmes basés sur l’apport communautaire (« bottom-up ») ne peuvent tout simplement pas fonctionner sauf si chaque membre y trouve un bénéfice égoïste, et que faire appel uniquement à son sens de la communauté est insuffisant.

Effectivement, je crois à la nécessité d’un bénéfice égoïste pour les participants. Chaque individu doit y trouver son compte quelque part. Mais je crois également que pour plusieurs, incluant moi, le sens de la communauté est lui-même un incitatif « égoïste » suffisant. Bien qu’à première vue l’esprit de communauté semble être une qualité altruiste, ultimement ce n’est pas le cas. On contribue à une communauté parce qu’on est convaincu, consciemment ou non, que cela va nous être ultimement bénéfique, à nous ou à notre descendance. Les systèmes collaboratifs « bottom-up », s’il s’ont bien encadrés par un système de gestion « top-down », peuvent bel et bien réussir en ne faisant appel qu’à l’esprit communautaire de leurs membres, et ce, sans avoir à ajouter un quelconque incitatif, monétaire ou autre. De plus en plus d’internautes ont la sagesse suffisante pour comprendre le bénéfice personnel qu’ils peuvent retirer en participant positivement à une communauté. De par mes lectures et mes discussions, j’en ai la conviction.

Qu’en pensez-vous? Est-ce que je rêve en couleurs? Est-ce qu’il est raisonnable de compter uniquement sur l’esprit de communauté des internautes? Est-ce que tous les Wikipedia de ce monde sont voués à l’échec, à moins qu’ils ne se mettent à distribuer des « bonbons » à leurs contributeurs?

Pierre M

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Il y a de l’avenir dans la blogosphère

Je vous conseille ce billet de Vincent Émond. Un texte exceptionnel dans le contexte où il a été écrit par un jeune de 14 ans.

Ton décapant et rafraichissant, argumentation lucide et engagée…wow! Et ce, que l’on soit d’accord ou non avec son opinion.

Comme le dit Mario Asselin, à qui je dois cette découverte, cela nous donne un indice de ce que notre blogosphère pourra avoir l’air quand toute cette jeunesse aura terminé sa formation.

Et cela augure vraiment très bien. J’ai hâte!

Pierre M

Le vilain Facebook

…ou ma montée de lait concernant Facebook.

En préparant un billet sur le rétrécissement de notre « bulle » privée suite à l’avènement du Web 2.0, je me suis documenté plus à fond sur le phénomène Facebook.

Je savais déjà que certaines pratiques commerciales de Facebook ne faisaient pas l’unanimité et que celui-ci avait dû reculer à deux reprises devant l’opposition de ses membres. J’avais également lu les nombreuses mises en garde de la blogosphère concernant la sécurité des informations sur Facebook.

Personnellement, je n’ai jamais aimé Facebook. Je trouve l’interface usager confus, frustrant et mal conçu. Devoir passer par de trop nombreux écrans me demandant chaque fois d’inviter tous mes « amis », pour pouvoir enfin avoir accès au dernier « poke » en vogue, m’horripile totalement. J’y ai quand même une présence, par curiosité, mais un peu « socialement » obligée.

Mais ce que j’ai appris en creusant davantage le sujet m’a littéralement jeté en bas de ma chaise. L’éthique commerciale de Facebook est plus que douteuse, elle est pitoyable.

Il y a d’abord eu cette affaire des « news feed ». Le concept est douteux, mais surtout, ce n’était pas très brillant d’obliger les membres à l’utiliser sans leur demander l’autorisation. Un manque flagrant de respect pour les utilisateurs. Mais bon, on pouvait peut-être considérer ça comme une erreur de jeunesse.

Mais Facebook a réitéré avec son système publicitaire Beacon, qui, lui, est totalement abusif. Le fait qu’ils aient tenté de passer en douce une telle horreur aux utilisateurs donne une bonne indication de l’éthique de Facebook.

Et apparemment, ce ne serait pas le dernier scandale en vue.

Il y a aussi le fait que Facebook, jusqu’à tout récemment, faisait des misères à ceux qui voulaient supprimer leurs profils. Le petit vlimeux conservait en douce toutes les données des utilisateurs qui désactivaient leurs profils.

Ce n’est pas tout. Facebook a été soupçonné de censurer de ses moteurs de recherches les groupes de pression qui lui sont trop hostiles.

Par-dessus tout ça, il y a la fameuse convention d’utilisation de Facebook, qualifiée entre autres de « crazy » et d’être l’une des plus nulles qui soit. Plus de 60 pages pour nous dire que Facebook peut faire ce qu’il veut des trucs qu’on y dépose, et ce, jusqu’à la nuit des temps.

Un chausson aux pommes avec ça?

La cerise sur le gâteau? Le propriétaire fondateur de Facebook, dont la réputation est controversée, aurait de très mauvaises fréquentations.

Voulez-vous bien me dire qu’est-ce que nous faisons tous sur Facebook?

Parce qu’on leur confie de plus en plus de nos informations personnelles, nous nous devons de n’encourager que des entreprises qui ont la fibre morale nécessaire pour en faire bon usage, sans avoir à constamment surveiller nos arrières. Et Facebook ne semble pas être de ceux-là.

Et le pire dans tout ça c’est que j’hésite à me retirer de Facebook sous peine de me retrouver dans un « no man’s land » social.

Cela dit, je reconnais qu’il faudra nous habituer à voir de plus en plus de notre vie étalée et utilisée sur le web. Mais il y a une limite à la bonasserie.

Facebook est un bien vilain personnage du Web 2.0. Et peut-être que les internautes commencent à le réaliser (ici et ici).

Pierre M

Mise à jour du 3 mai 2008: nouvel exemple de l’incurie de Facebook en matière de données personnelles.

La technolgie aime ce qui est gratuit

J’ai trouvé ce billet de Kevin Kelly hyper intéressant. Il y explique pourquoi, d’après lui, la technologie a une tendance intrinsèque à rendre les choses presque gratuites.

Sa thèse est à la fois brillante et…terrifiante.

En gros, il explique que le coût d’une fonctionnalité technologique (à ne pas confondre avec un produit) décroît inéluctablement avec le temps, et qu’à terme, elle tendra vers la gratuité. Plusieurs facteurs contribueraient à ce phénomène.

Bon, on savait déjà que les produits technos ont une forte tendance soit à augmenter en performances, soit à diminuer de prix. Mais…gratuits?

Son argumentation est très solide et les évènements lui donnent définitivement raison. Le cas le plus flagrant est celui des produits informatiques. Bon, je vous entends ici rouspéter en disant que le prix d’un ordinateur d’aujourd’hui est à peine moindre que celui d’il y 10 ans, et est encore loin de tendre vers zéro. C’est vrai. C’est là que la distinction entre la fonction et le produit est importante. Ce n’est pas l’ordinateur mais ses fonctions qui tendent vers la gratuité. Par exemple, une des fonctions principales de l’ordinateur est le stockage. Au début des années 80, on payait 300-400$ le mégaoctet. Maintenant, on le paye moins de 30 cents. L’octet est de nos jours pratiquement gratuit.

Autre exemple d’un tout autre ordre, les téléphones cellulaires: certains fournisseurs offrent gratuitement un appareil avec un abonnement. Dans le monde internet, les exemples sont innombrables. La musique disponible gratuitement. Des logiciels de traitement de texte, des tableurs, des éditeurs de photo, tout ça gratuit. Selon Kelly, tous ces exemples sont le fruit d’un même phénomène de base: la technologie n’aime que ce qui est gratuit.

Kelly pousse même l’audace jusqu’à prédire des voitures gratuites (moyennant un contrat d’approvisionnement en carburant par exemple), des billets d’avion gratuits (réservation, repas et bagage en sus) et même des réfrigérateurs gratuits. Et je crois bien qu’il pourrait avoir un jour raison.

Qu’est-ce qui est terrifiant dans tout ça me demandez-vous? Après tout, c’est le consommateur qui en sort gagnant, non?

Ce qui est terrifiant, c’est l’impact écologique. Qui dit gratuit, dit jetable. Quand on te donne le cellulaire, c’est beaucoup plus tentant de le jeter aux ordures pour le remplacer par un autre, plus petit ou plus beau et également gratuit, à la première occasion. C’est un désastre pour la conscientisation du consommateur.

Comme Kelly, je crois que ce phénomène est positif, mais seulement pour les secteurs de l’économie qui transigent avec des produits intangibles (logiciel, information, service, etc.).

Pour ce qui est des produits tangibles, c’est une très, très mauvaise nouvelle pour l’environnement. Cela veut dire toujours plus de déchets toxiques et de gaspillage des ressources.

J’ai bien peur que ce monsieur ait raison. Et cela me donne froid dans le dos.

Pierre M

Brad Sucks et la culture libre

J’ai une nouvelle entrée dans mon blogoliste. Il s’agit de Brad Sucks, un musicien. Le site web de ce gars-là m’a épaté. Je crois vraiment que sa façon de faire représente l’avenir de l’industrie musicale.

Brad Turcotte, alias Brad Sucks, s’est fait connaître entre autres parce qu’il a été l’un des premiers à embarquer dans le mouvement « Free Culture » et à produire sous licence Creative Commons. Ce qui veut dire que toute sa musique est essentiellement du domaine public.

Son site est un exemple d’ouverture et de dialogue avec les fans. Tu peux bien sûr, y acheter ses CD. Tu peux également y télécharger gratuitement la musique. Il encourage d’ailleurs ses fans à l’utiliser dans leurs propres créations (il publie sur son site les meilleurs remix). Il tient un blogue très intéressant où l’on peut suivre le déroulement de sa carrière. Il y discute aussi de la culture du libre et de l’industrie. Tu peux contribuer monétairement à son travail via l’achat virtuel (mais le paiement réel) de « mood altering substances ». Il pousse même l’ouverture jusqu’à encourager ses fans à copier et à distribuer sa musique. Et, naturellement, il donne des spectacles.

Et, apparemment, il en vit très bien.

Très sympathique comme site web, et comme personnage. Ce gars-là, tu n’as pas envie de le voler, tu veux qu’il continue. J’espère vraiment qu’ils sont nombreux à l’encourager et à contribuer.

Et en plus, et même surtout, sa musique est excellente. En tout cas, moi j’aime bien.

Plutôt que de s’entêter à faire survivre un modèle d’affaires désuet, l’industrie musicale devrait davantage s’inspirer d’un artiste comme Brad Sucks.

Et moi qui craignait la fin d’une révolution. Cette révolution, elle est belle et bien en marche.

Pierre M

La beauté de notre triste réalité

Je vous conseille vivement les photos de Chris Jordan. C’est à vous couper le souffle…et à celui de notre planète.

J’ai d’ailleurs déjà vu quelques-unes de ses photos géantes au Burning Man. Elles valent vraiment la peine d’être vues en grandeur réelle. Comme l’artiste le dit si bien, leurs dimensions font partie intégrante de la substance de l’oeuvre. Je confirme.

Son « statement » vaut également le détour. En voici un extrait.

Exploring around our country’s shipping ports and industrial yards, where the accumulated detritus of our consumption is exposed to view like eroded layers in the Grand Canyon, I find evidence of a slow-motion apocalypse in progress. I am appalled by these scenes, and yet also drawn into them with awe and fascination. The immense scale of our consumption can appear desolate, macabre, oddly comical and ironic, and even darkly beautiful; for me its consistent feature is a staggering complexity.

Pierre M

Les flash mobs, ou le pouvoir des gars en bedaine

Je me suis récemment intéressé au phénomène des flash mobs.  Si vous ne connaissez pas, ce sont des gens qui se donnent rendez-vous dans un endroit public pour faire quelque chose de débile spécial.  Tout ça grâce à Internet, naturellement. Il s’en tient partout dans le monde, incluant à Montréal.

C’est très drôle et…fascinant.

Les analystes se perdent en conjectures sur ce phénomène bizarre et, en apparence, futile.  Certains y voient le signe d’une prochaine révolution sociale.  D’autres affirment que c’est une nouvelle forme de protestation collective. Plusieurs l’utilisent à des fins artistiques.  Et enfin, il y ceux qui rejettent tout ça comme n’étant qu’un tas de conneries.  Chose certaine, ce ne sont pas les analyses savantes qui manquent sur le web.

Vous voulez mon opinion?  Je me fous un peu de la signification sociale profonde des flash mobs.  Par contre, ce phénomène est un moyen extrêmement efficace d’éducation des masses.  Une éducation sur le potentiel d’Internet comme force politique collective.  Politique dans le sens plus large de fonctionnement d’une communauté. Cela inclut également le pouvoir économique.

Même si les flash mobs servent surtout actuellement à réaliser des actions un peu futiles, il n’en demeure pas moins que le phénomène nous démontre le potentiel extraordinaire du web pour l’action politique et économique.  Même si tout ça se fait peut-être de façon inconsciente, la génération Internet montante aura de plus en plus conscience de sa force en tant que communauté et de la puissance de l’outil web.  Et de plus en plus, elle y aura recours d’une façon naturelle et efficace.

Et comme l’impact politique d’Internet ne dépend que du nombre d’internautes partageant l’intime conviction que, collectivement, leur participation peut faire une différence, le phénomène des flash mobs n’est peut être que le précurseur de quelque chose de beaucoup plus important.

Je ne sais pas trop quelle forme prendra cet activisme politique internet. Probablement plusieurs formes. Les flash mobs eux-mêmes en sont certainement une. Les groupes de pression à la Facebook en sont une autre, tout comme certains sites à la sauce Web 2.0.

Mais à mon avis, le meilleur reste encore à inventer.

Les flash mobs ne sont pas en soit une révolution. Mais ils permettent certainement de démontrer un potentiel. Et la réalisation de ce potentiel, lui, produira tôt ou tard une révolution majeure.

Après tout, si grâce à Internet, on réussit à convaincre 100 bonshommes d’investir, torse nu, un grand magasin, on peut certainement en convaincre beaucoup plus de faire quelque chose de significatif.

Une chose est sûre, Internet et le Web 2.0 ont ce pouvoir. Nous avons ce pouvoir. Il ne nous reste plus qu’à l’utiliser.

En attendant, amusez-vous bien en regardant ces quelques vidéos de flash mob complètement délirantes.

Statues
Bang!
Combat d’oreillers
Rave silencieux
Domino

Pierre M