L’anonymat: pour le meilleur, ou pour le pire?

S’il y a un sujet de tout temps controversé et âprement débattu dans la blogosphère, c’est bien la question de l’anonymat. Surtout lorsque l’on tombe sur ce genre de nouvelle.

Deux positions extrêmes et apparemment irréconciliables s’y affrontent.

Il y a ceux qui défendent ardemment le droit à l’anonymat afin de protéger la vie privée et la liberté d’expression. Sur le site de l’organisme américain Electronic Privacy Information Center, on peut entre autres y lire que « l’anonymat est un rempart contre la tyrannie de la majorité » (traduction libre).

Il est indéniable que l’anonymat procure une certaine protection de la vie privée. Et en ce sens, l’anonymat est peut-être une soupape de sécurité opportune, sinon indispensable, pour lutter contre les dérapages possibles des sociétés dans leur utilisation des technologies et du web.

Devoir de réserve, régime totalitaire, crainte du rejet, difficulté à assumer certains aspects de sa personnalité, plusieurs raisons peuvent limiter grandement la liberté d’expression lorsque l’identité est affichée au grand jour. Les cas de répressions sont malheureusement légion, même dans nos pays « libres ».

On peut argumenter que cette protection est somme toute relative et que, par exemple, cela n’a pas empêché la RIAA d’effectuer ses basses oeuvres. Mais dans l’état actuel des choses, elle est probablement suffisante, et de toute façon les moyens technologiques existent, et existeront toujours, pour qui veut la renforcer.

Ceux qui réprouvent l’anonymat évoquent surtout la perte de crédibilité et l’impunité ouvrant la porte aux comportements malfaisants ou diffamatoires.

Perte de crédibilité? Effectivement, l’internaute anonyme s’expose à être boudé par d’autres, ou même carrément écarté de certains sites et forums où l’on considère la crédibilité comme essentielle. Mais chaque personne est à même de peser le pour et le contre et de faire un choix approprié pour elle-même. Et d’en assumer les conséquences éventuelles. C’est un choix personnel et je ne vois aucune raison de ne pas respecter cela.

Reste le problème grave de la diffamation et des autres comportements nuisibles, faits sous le couvert de l’anonymat. Malheureusement, les blogues et les forums de discussions subissent régulièrement les sévices de trolls et autres contributeurs indésirables. Mais sauf dans des cas où les préjudices sont jugés suffisants pour avoir recours aux systèmes judiciaires (et dans ces cas, l’anonymat est souvent possible à lever: voir RIAA), il n’est pas nécessaire ni même utile de savoir que le connard anonyme qui t’insulte sur ton blogue s’appelle Joe Blo. La frustration vient plutôt du fait que l’on ne sait rien du personnage, qu’il nous est impossible de communiquer avec lui. Le malaise est en fait dû à l’absence de visage associé au conflit. Mais pouvoir y associer un « visage numérique » est à mon avis tout à fait suffisant. Personnellement, me faire insulter par « Anonymous » est inacceptable. Mais si cela vient d’un internaute ayant pignon sur rue numérique, avec un blogue, un profil MySpace, ou n’importe quoi du même genre, cela ne fait aucune différence si celui-ci s’affiche en utilisant son vrai nom ou un pseudonyme du genre farouche28.

Pour le meilleur et pour le pire, et qu’on le veuille on non, l’anonymat est très largement répandu sur la toile. Il semble répondre à un besoin, réel ou perçu, d’une grande partie des internautes. De plus, combattre l’anonymat c’est encore une fois s’engager dans une course aux armements technologiques coûteuse et sans fin entre les « bons » et les « méchants ». À mon avis, on doit plutôt trouver le moyen d’encadrer adéquatement ce désir d’anonymat.

Peut-être que la solution à long terme réside dans l’établissement d’une identité numérique standardisée, anonyme ou non (au choix), associée à un courriel ou à un profil quelconque. Un genre d’Open ID universel. Cela pourrait même être combiné à un système de notation de la réputation, ce qui permettrait de policer jusqu’à un certain point les comportements répréhensibles. À mon avis, c’est un futur très plausible et peut être même souhaitable.

Dans tous les cas, je crois qu’il serait préférable et même primordial de conserver la possibilité de dissocier notre identité physique de notre (nos?) identité numérique. On court peut-être le risque d’induire un certain chaos, mais le secret sera d’en minimiser l’impact. Je crois que le jeu en vaut la chandelle.

Et après tout, un peu de chaos n’a jamais fait de mal à personne.

Pierre M

3 Responses to “L’anonymat: pour le meilleur, ou pour le pire?”


  1. 1 modotcom 18 mars 2008 à 8:32

    we are becoming schizophrenic from web; je veux demeurer la seule et unique Monique Lo – j’ai une et de multiples voix mais je demeure une seule personne et je signe.


  1. 1 Laissez les anonymes tranquilles « Le monde change…et pourquoi pas? Rétrolien sur 8 août 2008 à 1:00
  2. 2 Le monde change…et pourquoi pas?» Blog Archive » Laissez les anonymes tranquilles Rétrolien sur 1 août 2012 à 11:13

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