FLOSS n’est pas une marque de dentifrice

FLOSS: Free/Libre/Open Source Software

En lisant ce très bon texte de Michael Tiemann, l’un des pionniers dans le domaine, j’ai réalisé que le logiciel libre était peut-être le seul espoir de voir un jour les logiciels atteindre un niveau de qualité comparable à celui des autres produits de consommation courants.

Les bogues logiciels font tellement partie de notre quotidien qu’on ne réalise presque plus à quel point la qualité générale des produits qui nous sont offerts est pitoyable. Dans toute autre industrie, une telle « non-qualité » serait plus que suffisante pour précipiter n’importe quel manufacturier vers la faillite. Et malgré tout, l’industrie du logiciel s’en tire relativement bien… jusqu’à présent.

Pourtant, l’industrie semble faire des efforts pour corriger le tir. Mais malgré toutes les promesses, version après version, la situation est loin de se corriger. À sa défense, et pour avoir beaucoup travaillé dans cette industrie, je peux témoigner qu’il est excessivement difficile de produire du logiciel de qualité. Le problème n’est pas que les concepteurs et programmeurs compétents manquent à l’appel, loin de là. Ce n’est pas non plus la faute des méthodes de conception ou des systèmes de contrôle de la qualité déficients, il en existe d’excellents qui sont amplement utilisés dans l’industrie. Et il y a certainement une volonté sincère des entreprises de s’améliorer, la plupart faisant des efforts louables en ce sens.

Contrairement à l’analyse qu’en fait Michael Tiemann, je crois que le problème réside surtout, et plus simplement, dans notre système économique même. Ce système qui oblige à une constante recherche du profit et de la rentabilité à court terme. Car faire de bons logiciels est très possible, mais cela exige de la discipline, de l’argent bien sûr, mais surtout du temps. Comme quelqu’un de très sage a un jour dit, faire un bébé prend neuf mois, peu importe combien de personnes tu assignes à la tâche. C’est un peu la même chose avec un logiciel. Malgré toute leur bonne volonté, et malgré la grande amélioration des méthodes et processus utilisés depuis quelques années, toutes les entreprises se heurtent tôt ou tard à cette implacable loi économique : mettre en marché au plus vite, ou bien crever. Si produire de bons logiciels prend du temps, se contenter d’en faire simplement des « satisfaisants » en prend beaucoup moins. Et c’est ce que se résignent à faire la plupart des acteurs de l’industrie.

C’est là l’autre partie du problème: le niveau de qualité actuellement considéré comme « satisfaisant » par le consommateur est dramatiquement bas. Par dépit, par fatalisme et surtout parce qu’on ne nous a jamais habitués à mieux. Et en ce domaine, le logiciel libre pourrait bien provoquer une petite révolution. Selon les chiffres cités par Tiemann, l’Open Source démontre une supériorité notable en ce qui a trait à la qualité des produits offerts, ce que confirme d’ailleurs la rumeur populaire. Et cela est sans compter le haut degré d’innovation dont ces logiciels font généralement preuve.

En prouvant aux consommateurs que concevoir des logiciels novateurs qui ne soient pas truffés de bogues n’est pas une utopie, l’Open Source provoque déjà un changement de mentalité. Et de plus en plus de consommateurs reconnaissent les vertus du logiciel libre, à preuve le succès énorme rencontré par Firefox, l’un des produits phares de cette culture.

Cette révolution n’annonce peut-être pas la mort de l’industrie traditionnelle, mais elle forcera probablement celle-ci à s’adapter aux nouvelles attentes de qualité et d’innovation que le logiciel libre est en voie de créer chez les consommateurs. Si ce n’est uniquement pour ça, je souhaite longue vie au FLOSS.

Malheureusement, celui-ci est confronté au même problème que celui vécu dans le reste de la culture du libre, soit l’absence d’un modèle économique viable et adapté au web. Tout comme pour la musique et la vidéo « libres », la communauté FLOSS devra, elle aussi, trouver sa raison d’être économique afin assurer sa viabilité à long terme. Et ne plus compter uniquement sur la générosité de ses membres.

Pierre M

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