La longue traîne de l’amour

Dans la foulée de mon billet sur la longue traîne, je voudrais porter à votre attention deux excellents textes publiés récemment par deux maîtres à penser respectés du web.

Dans le premier, The Long Tail and the Dip, Seth Godin y discute de trois zones de profitabilité de la courbe de la longue traîne. Il s’agit des deux zones traditionnellement évoquées dans le concept, c.-à-d. la zone des best-sellers (la « tête » de la courbe) et celle de la queue (ou la traîne), plus une troisième situé entre les deux.

La subtilité principale amenée par Seth Godin est que, selon lui, chaque zone est en soi également une longue traîne. En d’autres mots, la longue traîne serait constituée d’une collection de courbes de longues traînes plus petites, avec chacune ses propres gagnants et perdants, sa dynamique et ses spécificités. Il ajoute qu’il ne faut surtout pas voir les deux zones de la queue comme des prix de consolation pour quelqu’un qui échoue à se positionner parmi les best-sellers. Les créateurs doivent adopter une stratégie adaptée à la zone visée et, en cas d’échec, il n’y a aucune garantie que la stratégie choisie ait davantage de succès dans une autre zone.

Le second texte, écrit par Kevin Kelly, fait directement référence au précédent. Bien que Kelly ne soit pas nécessairement d’accord avec l’aspect « fractal » avancé par Godin, l’interprétation qu’il fait de ces mêmes trois zones est digne d’intérêt. Notamment, d’après lui, seules les deux premières zones de la tête de la courbe peuvent être profitables aux créateurs. La zone de la queue ne peut l’être que pour des agrégateurs de contenu (iTune et Netflix par exemple). Il allègue que, si les deux premières zones peuvent être rentables pour les créateurs, la traîne elle-même (la dernière zone) est davantage une question de passion et de réseautage. Et il conclut avec un énoncé tout en poésie et en métaphores que pour le plaisir, je me permets de traduire ici :

« Je préfère penser que la longue queue (NDT : c.-à-d. la longue traîne) représente la queue d’un animal différent. Nous avons mal identifié l’être intangible auquel elle appartient. Ce n’est pas la longue queue de la bête du profit commercial. Plutôt, c’est la longue queue du dragon de l’amour. L’amour de la création, de la réalisation, du rapprochement, de la passion immodérée, ou du désir de faire la différence, ou de faire quelque chose d’important pour soi, pour l’amour de socialiser, de donner, d’apprendre, de créer et de partager. »

S’il est fort probable qu’une partie de la longue traîne ne pourra jamais être rentable pour les créateurs, il n’en demeure pas moins que ceux-ci ont beaucoup plus de chances de tirer leur épingle du jeu grâce au phénomène de la longue traîne que s’ils demeurent cantonnés dans les systèmes de distribution traditionnels.

La longue traîne représente à mon avis plus que jamais une lueur d’espoir pour tous les créateurs du web.

Pierre M

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