Laissez les anonymes tranquilles

Il se déroule en ce moment dans la blogosphère québécoise un très bon débat sur le « problème » des commentaires indésirables dans les blogues.

Cela a commencé par la montée de lait de Patrick Lagacé, puis celle de Nelson Dumais, suivies de billets par plusieurs blogueurs connus et respectés, dont ceux de Mario Asselin et de Michael Carpentier que je trouve particulièrement intéressants.

Et naturellement, dans tout ce débat, les contributeurs anonymes en prennent pour leurs rhumes.

Le web est un organisme complexe dont les assises reposent sur la liberté. La liberté de communiquer bien sûr, puis la liberté d’écrire, de lire, d’écouter, d’échanger, de performer, de regarder, de créer, de revendiquer, et la liberté de copier et d’être copié.

Mais il y a aussi la liberté d’être ou de ne pas être.

Toute initiative allant à l’encontre de ces libertés, aussi insignifiante soit-elle, est condamnée, sinon à l’échec, à gaspiller à tout jamais une partie des ressources à combattre la tendance naturelle des choses et des êtres du web à exercer cette liberté.

Tout comme, par exemple, le droit d’auteur est une entrave à la liberté de diffusion d’une oeuvre, l’identité physique du créateur peut être une entrave à sa liberté d’expression. Ces notions vont à l’encontre de l’essence même du web, et l’on ne peut les imposer qu’au prix d’un effort constant et stérile.

Que l’on aime ou pas l’anonymat, il est beaucoup plus constructif de faire avec, et d’apprendre à l’apprivoiser. Et puis de toute façon, pour quoi faire la vraie identité?

La réputation de ma personne virtuelle est au moins aussi importante pour moi que celle de ma personne physique. Je ne prendrais pas plus le risque de détruire cette réputation par des commentaires « trolliens » que si mon identité physique était en jeu.

Au début, j’ai décidé d’être anonyme un peu sans raison, un peu par pudeur. Maintenant, je choisis d’être anonyme par conviction, parce que je revendique ce droit.

Pierre M

8 Responses to “Laissez les anonymes tranquilles”


  1. 1 renartleveille 8 août 2008 à 1:18

    Très intéressant comme point de vue. Pour ma part, je me trouve un peu à cheval, ayant eu à délaisser partiellement mon anonymat pour acquérir de la crédibilité du côté de Radio-Canada, bien que cela a été de courte durée… À cette époque où Sur le Web semblait encore donner de l’importance à la blogosphère d’opinion d’ici.

    Et maintenant que j’écris ailleurs que sur mon blogue et sur Cent Papiers, donc sur Branchez-vous!, on m’a un peu provoqué pour que je délaisse mon pseudonyme, mon nom de plume — et même pas mon patron —, et je ne suis pas d’accord, pour les mêmes raisons que vous établissez à la fin du billet :

    « La réputation de ma personne virtuelle est au moins aussi importante pour moi que celle de ma personne physique. Je ne prendrais pas plus le risque de détruire cette réputation par des commentaires “trolliens” que si mon identité physique était en jeu. »

    Un des arguments qu’on me donne, c’est le manque de sérieux de mon pseudonyme, et je suis encore à cheval, décidément…

  2. 2 Mario Asselin 8 août 2008 à 3:54

    Merci pour la mention.

    Votre position se défend bien surtout quand vous affirmez que votre «réputation virtuelle est au moins aussi importante que celle de votre personne physique». Le problème se trouve souvent dans cette prémisse. Certains anonymes ont des identités jetables qu’ils consomment comme les rouleaux de papier hygiénique.

    J’ai appris à respecter la position de ceux qui choisissent l’anonymat par le biais de témoignages de gens qui m’ont expliqué leur contexte. Je connais beaucoup d’anonymes dont je garde pour moi les identités et je leur dis souvent deux choses:
    1- Je ne crois pas beaucoup à l’anonymat à long terme. Les anonymes ont souvent envie de changer d’idée, de se dévoiler et, ce qu’ils ont dit avec un certain filtre, ils sont un peu pris avec. Sans compter qu’un jour ou l’autre, il y a les possibilités de se tromper, qu’un confident commette une bourde ou qu’une adresse IP vienne trahir les précautions prises à ne pas être repéré. Alors…
    2- Je n’encourage pas l’anonymat parce que je préfère qu’une personne construise son identité réelle sur La Toile, cet endroit réel où s’exerce maintenant une partie de la vie.

    Vous avez raison sur un autre point, néanmoins; «les contributeurs anonymes en prennent pour leurs rhumes» ces temps-ci. Parce que plusieurs se cachent vicieusement derrière l’anonymat, ceux qui s’en servent à meilleur escient écopent. Comment intervenir sur les premiers sans que les seconds s’en trouvent lésés dans «leurs droits»? Je veux bien chercher… parce que je reconnais (sans encourager cette pratique) que c’est votre plus strict privilège (un droit?, je ne sais pas; pas en tout temps, du moins).

    Vous comprendrez que dans ces circonstances, je maintienne ma politique de ne pas trop encourager la conversation sur mon blogue avec les anonymes que je ne connais pas. Une personne qui me dévoile son identité sera toujours la bienvenue chez moi et peut être assurée de ma discrétion autant que de mon respect tant qu’elle se conforme aux autres dispositions de ma politique éditoriale. Je crois qu’à l’avenir, je devrai aussi faire exception, à moyen et long terme, avec les anonymes qui prennent grand soin de leur réputation sur le Web😉

  3. 3 Pierre M 8 août 2008 à 9:02

    @renartleveille

    Pas sérieux Renart Léveillé? Ah bon! Je n’avais pas remarqué😉 Moi j’aime bien en tout cas.

    @Mario Asselin

    Effectivement, le terme « droit » n’est peut-être pas le plus approprié. J’aurais plutôt dû utiliser le mot « liberté ».

    Vous parlez de construire son « identité réelle ». Mais qu’est-ce donc qu’une identité réelle?

  4. 4 Mario Asselin 8 août 2008 à 9:19

    On pourrait trouver des éléments de réponses dans deux billets qui m’avaient beaucoup frappé en mai dernier sur le fait que le Web, ce n’était pas virtuel, mais bien réel:
    – Chez Sylvain Carle, «L’Internet, c’est réel!» http://www.afroginthevalley.com/fr/2008/05/12/linternet-cest-reel/
    – Chez Patrick Tanguay, «C’est pas virtuel merde» http://i.never.nu/cest-pas-virtuel-merde/

    Je suis de ceux qui croient que nous avons tous avantage à prendre soin de notre identité numérique pour qu’elle coïncide le plus possible avec celle qu’on «possède» en dehors du Web. D’abord, ne pas laisser Google la définir de façon disparate et incohérente ou superficielle. Ensuite, «habiter/occuper» l’espace Web, se présenter sur La Toile. Cette idetité (appelons-là réelle) concerne toutes les traces volontaires, involontaires, personnelles ou non qui nous décrivent à titre d’individu…

  5. 5 Pierre M 9 août 2008 à 9:31

    @Mario Asselin

    Merci pour les liens intéressants. Mon questionnement voulait simplement faire remarquer la difficulté de cerner la « vraie  » personnalité de quiconque : est-ce celle que l’on présente avec les amis? Dans l’intimité? Au travail? Elles sont souvent fort différentes.

  6. 6 Gestionnaire Borg 16 août 2008 à 2:37

    Débat fort intéressant.

    Pour ma part, mon blog est tout récent et j’avoue bien candidement avoir pris cette identité sans même me questionner ou me soucier que cette dernière puisse poser problème face à mes collègues de la blogosphère.

    La principale raison pour laquelle je m’affiche ainsi est tout simplement de pouvoir bénéficier de l’indépendance requise afin d’émettre mon opinion sur une foule de sujets sans que ces commentaires soient interprétés comme étant la position de mon employeur. Pour moi, il est important de pouvoir dissocier ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Il y a certains types d’emploi qui demande de suivre «la ligne de partie», d’autres beaucoup moins.

    Le présent débat me remet en question. Je ne pensais réellement pas que cette identité était sujette à critique. Ce n’est pas que je n’assume pas mes propos, simplement un respect envers l’organisation à laquelle j’appartiens et le souci de respecter mon code d’éthique et de déontologie.

    Sans nécessairement me faire changer d’idée pour le moment, le présent débat me fait réfléchir c’est clair….

    J’avoue comprendre le deux positions. Merci Pierre M. d’y avoir apporté votre contribution.

  7. 7 modotcom 17 août 2008 à 10:41

    Moi, je demeure franchement moi-même : beaucoup de candeur, de la bonne foi et de la naïveté. Mais que celui qui préfère se cacher en conserve le droit.

    Pensez à toutes les circonstances où on souhaiterait maintenir l’anonymat : élections, délation, dénonciation d’un abus, témoignage, etc. Pourquoi désire-t-on être anonyme? Est-ce parce que l’on commet un acte qu’on n’oserait pas autrement commettre ouvertement, dont on est gêné, honteux?

    Réputation virtuelle, oui, autant que l’autre.

    Salutations brouillées mais tu sais qui t’écrit.

    Mo


  1. 1 Politique éditoriale de « Mario, tout de go » | Mario tout de go Rétrolien sur 18 décembre 2011 à 6:53

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