Archive pour octobre 2008

La tablette TechCrunch: l’expérience Open Source

Il y a trois mois de cela, le célèbre blogueur Michael Arrington du populaire site TechCrunch lançait le projet de concevoir une tablette internet « dead simple » pour moins de 200 $. Pour ce faire, il demandait la collaboration des internautes afin de réaliser un ordinateur compact et simple (un seul bouton pour la mise en marche), sans fil et avec écran tactile, conçu spécifiquement pour surfer sur Internet. Et tout ça, selon le modèle Open Source, tant pour le matériel que pour le logiciel. Bref, le genre d’appareil parfait pour le Nuage.

La réponse fut massive et fulgurante : près de 1200 commentaires la journée même de la parution du texte d’Arrington. Depuis, on dénombre plus de 2400 commentaires laissés sur les quatre billets publiés par TechCrunch sur le sujet. On y retrouve d’innombrables suggestions, idées et offres de participation, toutes plus enthousiastes les unes que les autres.

Ce qui démontre bien l’intérêt, non seulement pour le produit, mais également pour ce genre d’initiative.

L’idée d’une communauté collaborant au développement d’un produit Open Source n’est pas nouvelle, loin de là. Il en existe de nombreuses dans le domaine du logiciel, certaines très prospères, et ce, depuis plusieurs années. Les communautés Linux et Firefox sont probablement les plus célèbres et il en existe de nombreuses autres.

Bien que moins connus, les produits Open Source Hardware connaissent également une popularité grandissante. Mais contrairement à leur homologue logiciel, leur mise au point initiale est généralement le fait d’entreprises ayant pignon sur rue ou de petits groupes d’individus, et non pas le résultat d’un travail collaboratif d’une communauté.

Et il y a une bonne raison à cela. La mise au point d’équipements électroniques le moindrement complexes requiert souvent l’utilisation d’instruments spécialisés et coûteux, des efforts laborieux de débogage en laboratoire et des essais de conformité complexes.  Plusieurs des étapes nécessaires à la réalisation d’un produit hardware nécessitent un travail initial et un investissement financier difficiles sinon impossibles à partager via une communauté Internet.

Les communautés gravitant autour des produits Open Source Hardware existants se sont en général formées ultérieurement à leur mise en marché. En modifiant ou en étoffant le logiciel embarqué, en proposant des améliorations au hardware ou en créant de nouvelles applications, la communauté prend par la suite une part plus ou moins importante dans l’évolution du produit, mais le processus initial de réalisation demeure plutôt traditionnel.

À ma connaissance, l’initiative de TechCrunch représente la première tentative de réalisation, à partir de zéro, d’un produit grand public relativement complexe, via le travail collaboratif d’une communauté. Il sera très intéressant de voir comment le groupe de Michael Arrington surmontera les problèmes tels que par exemple, celui de l’homologation du produit (obligatoire pour ce type d’appareil si l’on veut l’utiliser légalement) qui nécessitent l’utilisation d’installations sophistiquées et coûteuses.

Les produits Open Source sont déjà en bonne voie de changer la donne dans plusieurs industries. Si le projet de Michael Arrington est couronné de succès, ce que je souhaite, cela renforcera considérablement cette nouvelle culture de consommation. Car à n’en pas douter, d’autres suivront l’exemple.

Aux dernières nouvelles, le 30 août dernier, un prototype avait été construit. Mais depuis, plus rien. Le projet semble être passé dans un mode « privé », Arrington ayant décidé de « limiter le nombre de cuisiniers dans la cuisine« . Si quelqu’un quelque part a la chance d’être dans le secret des dieux, pleeeeze donnez-moi des nouvelles!

Mais peu importe l’issue, de plus en plus un nouveau choix de consommation nous est dorénavant offert. Le choix des produits « libres ».

Pierre M

La fin de l’Internet: des signes avant-coureurs?

Une nouvelle horrifiante sur le front de la neutralité du net. L’Australie s’apprêterait à mettre en place un système obligatoire de filtrage du contenu pour tous les fournisseurs d’accès Internet du pays.

Les intentions censoriales du gouvernement australien ne sont pas nouvelles, mais celui-ci avait jusqu’à présent laissé croire que le système serait optionnel. L’objectif étant avant tout d’empêcher les mineurs d’accéder à du contenu pornographique, une clause de « opt-out » était prévue. Mais il n’en est rien. Les Australiens auront tout juste la possibilité de choisir leur niveau de censure, le matériel considéré comme « illégal » étant obligatoirement filtré, avec toutes les possibilités d’abus et de dérive que cela implique.

On n’est plus surpris d’apprendre ce genre de chose en provenance de pays totalitaires, mais venant d’une démocratie soi-disant ouverte et libre, c’est tout simplement terrifiant.

Ce genre de filtre est notoirement facile à contourner (pour l’instant), mais n’empêche que cela démontre clairement que personne sur la planète n’est à l’abri des ambitions orwelliennes de sa classe dominante. Particulièrement quand un pays est gouverné par des gens ayant une propension troublante à s’approprier le droit de décider de ce qui est ou non contraire à « l’ordre public ».

Justement ici au Canada, le CRTC entreprendra sous peu des audiences publiques sur le sujet.

J’ai de plus en plus peur à mon Internet. Pas vous?

Pierre M

Autres billets en lien avec le sujet:

Le processus du libre: le chaînon manquant (anglais)

MAJ : La traduction est maintenant disponible ici.

J’ai publié sur mon blogue en anglais une réflexion que je crois intéressante sur l’économie du « libre ».

J’essaierai de trouver du temps pour traduire le texte sous peu, mais en attendant je vous invite à en prendre connaissance ici.

Et si vous trouvez que c’est une bonne idée, n’hésitez pas à « digger » l’article.

Pierre M

Un Flash Mob électoral

En cette période où les vénérables institutions politiques canadiennes tentent encore une fois de nous convaincre de leurs pertinences, je m’en voudrais de passer sous silence le concept très original du site Voter pour l’environnement.

Ce site remarquable est une initiative non partisane (?) d’une éditrice d’un magazine torontois. Il offre aux électeurs la possibilité de faire un vote stratégique pour l’environnement, et donc à toutes fins pratiques contre le parti Conservateur, de façon à minimiser l’impact de la division du vote environnementaliste.

Les technologies de communication Internet sont utilisées d’une façon sans précédent dans les présentes campagnes électorales américaine et canadienne. Que ce soit la fameuse Obama Girl (et maintenant la Harper Girl 😮 ), ou les initiatives de citoyens, de créateurs, d’artistes ou de personnalités hollywoodiennes, tous rivalisent d’originalité et de créativité dans leurs utilisations du web.

Mais toutes ces initiatives, aussi admirables et efficaces soient-elles, se contentent d’utiliser les capacités multimédias et participatives d’Internet pour faire la promotion d’un parti politique ou d’une idéologie. Fondamentalement, ce n’est que de la propagande traditionnelle à la sauce web.

Ce qui est remarquable derrière le concept de Voter pour l’environnement c’est que, contrairement à ces autres initiatives « passives », celle-ci tente de fédérer les internautes derrière une action politique spécifique et concrète, allant au-delà des institutions politiques traditionnelles. C’est ni plus ni moins qu’un nouveau type de « parti » politique dont il est question. Un nouveau choix politique, rendu possible par l’utilisation d’Internet, qui fait éclater les divisions partisanes traditionnelles.

Certains pourraient y voir une menace au processus électoral. Moi j’y vois plutôt un complément à celui-ci. Un complément très opportun en cette époque de désintérêt et de cynisme rampant à l’égard du système politique.

Récemment, j’ai parlé du potentiel encore inexploité d’Internet à développer et exploiter de nouvelles formes d’activisme politique et économique. En allant au-delà du paradigme politique traditionnel, Voter pour l’environnement incarne très bien ce potentiel. Quel que soit l’impact que celui-ci aura sur la présente campagne électorale, je demeure convaincu que ce n’est que le début de l’histoire.

Tout comme Internet a permis une diversification extraordinaire des modes d’expression artistiques, nous assistons également grâce à celui-ci à une diversification des modes d’action sociale, politique et économique. Sous une forme ou une autre, ce nouvel activisme web2.0 prendra inéluctablement de plus en plus de place dans le paysage de toutes les sociétés branchées, contribuant ainsi à « rafraîchir » des démocraties qui oublient trop souvent les intérêts de ses citoyens.

En tout cas, moi je vote pour le parti environnement.

Pierre M