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Plaidoyer pour le paiement libre

(Original en anglais ici)

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D’abord et avant tout, je tiens à insister sur ce que le paiement libre n’est pas. Le paiement libre n’a rien à voir avec la charité, la bonté ou la générosité.

Pour le consommateur du libre, c’est en premier lieu un acte commercial égoïste. Le consommateur paie pour garantir son bonheur futur. Car il apprécie le produit et il est suffisamment sage pour réaliser qu’il doit contribuer s’il veut s’assurer que le producteur lui en fournisse davantage à l’avenir.

Pour le producteur du libre, accepter un paiement libre ne fait pas de lui un mendiant. Les paiements libres sont une juste rémunération pour son travail, d’autant plus mérités qu’ils sont librement faits par le consommateur. C’est un signe d’approbation et un encouragement à poursuivre.

Le paiement libre est une transaction d’affaires comme une autre. Une transaction basée sur l’amour, la passion, le bon sens, et surtout, la liberté, mais une transaction d’affaires tout de même.

Cela étant dit, je veux maintenant élaborer sur les extraordinaires avantages d’une culture du paiement libre pour les consommateurs, les producteurs et la société.

Pour le consommateur du libre :

  • Le consommateur est libre de choisir quel producteur payer et lequel ne pas payer, peu importe ses raisons. Et dans tous les cas, il peut quand même jouir librement des produits et services offerts.
  • Le consommateur paie uniquement pour ce qu’il apprécie du producteur. Il peut choisir de payer pour une copie, une performance, un service, un produit futur ou pour le travail du producteur dans son ensemble.
  • Le consommateur est libre de choisir le montant à payer. Il peut payer le prix suggéré ou selon la valeur marchande du produit, ou encore d’après l’évaluation que lui-même en fait. Il est libre de prendre en considération sa propre capacité de payer. Quelle qu’en soit la raison, il peut choisir de payer moins, ou plus, sans aucun besoin de se justifier.
  • Le consommateur est libre de payer quand il le veut. Il peut payer maintenant, plus tard ou jamais. Il peut décider par exemple de reporter le paiement jusqu’à ce qu’il en ait les moyens, ou encore étaler ses paiements dans le temps.
  • Le consommateur paie pour ses propres raisons. Parce qu’il aime le produit ou qu’il respecte le fabricant. Ce peut être une manière de le féliciter ou de l’encourager, ou parce qu’il trouve que le travail du producteur est important pour lui, pour la communauté ou pour la planète.
  • Via sa communauté, le consommateur acquiert un pouvoir de vie ou de mort sur le producteur de libre. Avec le paiement libre, il acquiert l’ultime levier pour exercer pouvoir et influence sur son espace économique. Cela ouvre d’innombrables possibilités aux consommateurs désireux de s’impliquer dans les affaires du producteur.
  • Le consommateur gagnera un choix quasi illimité de produits et de services. Parce qu’une culture du paiement libre contribue considérablement à une économie de la longue traîne profitable, les consommateurs bénéficieront d’un marché d’une diversité inégalée.

Pour le producteur du libre :

  • Le paiement libre est de loin le modèle économique le plus facile et le moins coûteux à mettre en œuvre sur Internet. Très peu de barrières à l’entrée dans le marché. Le producteur envoie ses vidéos sur YouTube, publie ses textes sur Blogger, ses photos sur Flickr et sa musique n’importe où, et reçoit paiement via PayPal par exemple. Faible investissement initial requis et des frais d’exploitation minimaux.
  • Le modèle du paiement libre donne l’opportunité au producteur d’éliminer des intermédiaires de son processus d’affaires. Parce que le paiement libre permet un lien beaucoup plus direct entre le consommateur et le producteur, celui-ci peut optimiser sa structure de coûts et ainsi offrir à sa communauté de supporteurs un produit ou un service à un bien meilleur coût.
  • Le producteur est libre de distribuer son œuvre sous licence libre et ainsi pleinement embrasser la culture libre. Avec le paiement libre, le producteur n’a pas à se préoccuper de violation des droits d’auteurs, DRM et autres protections légales ou technologiques pour son travail.
  • Le modèle du paiement libre offre de bien meilleures opportunités pour se tailler une place dans le marché, et ce, même si le produit s’adresse à un auditoire très spécialisé. Grâce à l’énorme marché que représente Internet, le producteur peut espérer un revenu décent même si son produit ou service se situe loin du côté niche de la longue traîne.
  • Le producteur peut disposer des ressources d’une communauté engagée de vrais fans, des admirateurs suffisamment passionnés pour contribuer volontairement à son travail. Correctement nourrie et encouragée, une telle communauté est une plus-value inestimable pour le développement et la prospérité à long terme d’un producteur.

Pour la société:

  • Le paiement libre contribue à une économie plus efficace, moins gourmande en ressources et donc plus respectueuse de l’environnement. Parce qu’il favorise un lien plus direct entre les producteurs et les consommateurs et parce que la distribution d’un produit ou d’un service libre est beaucoup moins contraignante, ce modèle représente une occasion unique d’éliminer les activités ayant peu de valeur ajoutée des chaînes d’approvisionnement et qui gaspillent inutilement les ressources. Le paiement libre, avec la culture libre, représente un modèle économique beaucoup plus durable et moins nuisible pour l’environnement.
  • Le paiement libre favorisera une meilleure distribution des richesses dans nos sociétés. Parce que les gens sont moins enclins à payer quelqu’un perçu comme « suffisamment riche », cela leur donne l’opportunité de rediriger leur budget de consommation vers des producteurs plus marginaux. Avec le paiement libre, nous avons une opportunité d’avoir au bout du compte moins de millionnaires mais davantage de personnes capables de gagner décemment leur vie.
  • Le paiement libre peut contribuer à combattre la pauvreté et à aider les pays en voie de développement. Parce que ce modèle est facile et peu coûteux à mettre en œuvre, il offre davantage d’opportunités à une plus grande partie de la population mondiale.

Finalement, pour les esprits rebelles, c’est une façon de court-circuiter un système économique souvent perçu comme injuste et inefficace, un système à la solde d’une élite corporative privilégiée et surpayée. Pour reprendre les paroles de Saul William, c’est une manière de mettre le capitalisme échec et mat.

Bien sûr, ce modèle est basé sur l’intégrité et la sagesse. Ces qualités doivent être suffisamment répandues parmi les internautes pour que le modèle du paiement libre ait du succès. Mais je crois vraiment que c’est le cas. La preuve c’est qu’il existe déjà une culture libre très prospère. Wikipedia, Linux, Firefox sont tous les produits remarquables issus des principes de cette culture. Et le paiement libre y joue déjà un rôle important et sans cesse croissant, passant presque inaperçu. On l’appelle don, parrainage ou commandite, mais c’est la même idée fondamentale. Et cette idée n’attend qu’à être davantage connue et encouragée pour atteindre son plein potentiel.

Le paiement libre est la clef de la réalisation d’une économie de don durable et prospère pour la culture libre. On dit souvent que, dans une économie de don, les gens sont jugés moins sur ce qu’ils possèdent et davantage sur ce qu’ils donnent. C’est là un nouveau paradigme tout à fait passionnant et prometteur à explorer pour nos sociétés.

Pierre M

Le processus du libre: le chaînon manquant

(Texte original en anglais ici)

Depuis ses débuts, Internet a sans cesse lutté pour trouver sa raison d’être économique. En permettant au contenu numérique d’être copié librement et presque gratuitement, il a ébranlé les modèles économiques traditionnels, basés pour la plupart sur la vente de copies. Et depuis lors, aucun autre modèle n’a vraiment réussi à combler le vide.

On a longtemps cru que le modèle publicitaire était la solution. Ce fut le premier à émerger et à rencontrer un succès significatif. Et celui-ci est depuis le principal moteur économique du web. Mais aussi impressionnante que puisse être la croissance des revenus publicitaires, ce modèle à lui seul ne peut nullement satisfaire les besoins économiques actuels de la planète Internet, encore moins être garant de son futur. La quantité de contenus produits par les « amateurs » qui ne peuvent ou ne veulent pas en tirer un profit est déjà énorme et croît à une vitesse spectaculaire. Le modèle publicitaire n’est aucunement en mesure de soutenir seul une telle croissance et diversification.

D’autres modèles économiques sont utilisés avec un certain succès, comme le modèle Freemium (quelques personnes paient pour le produit amélioré, subventionnant les nombreuses autres qui obtiennent gratuitement le produit de base). Mais là encore, comme tous les modèles basés sur la vente de copies, il est inefficace, à moins de limiter la capacité du produit à être copié.

Internet est un animal complexe dont le métabolisme est fondé sur la liberté. Toute tentative de restreindre cette la liberté est condamnée, sinon à l’échec, à gaspiller les ressources à combattre la tendance naturelle des choses de l’Internet à revendiquer cette liberté. C’est pourquoi tous les efforts pour imposer un système limitant la copie se sont révélés difficiles, voire totalement vains. Le DRM et autres mécanismes anti-copie sont des culs-de-sac dans le monde numérique car ils vont à l’encontre de la nature fondamentale d’Internet, la libre circulation des données.

Internet est le royaume du libre.

Mais, comme les économistes se plaisent à dire, rien n’est gratuit dans la vie, pas même dans le cyberespace. Alors, comment peut-on faire de l’argent avec le libre?

Plusieurs solutions prometteuses sont actuellement explorées. Les textes de Kevin Kelly Better Than Free et 1,000 True Fans sont les meilleures réflexions sur le sujet que je connaisse. Il définit 8  valeurs “génératives” pouvant être exploitées dans le monde du libre. La plupart d’entre elles sont déjà utilisées dans une certaine mesure, comme la “trouvabilité” (iTunes, Netflix), d’autres le sont à peine.

Mais jusqu’à présent, aucun de ces modèles ne semble avoir le potentiel de propulser Internet dans cette nouvelle ère économique numérique tant annoncée.

Vraiment?

Dans une autre vie, j’ai été consultant en réingénierie des processus d’affaires. La première étape lorsque l’on veut examiner un processus c’est d’en faire un diagramme. Voici donc le diagramme du processus économique du libre. processus-du-libre-14

En regardant celui-ci, une conclusion saute aux yeux. Pour que ce processus soit économiquement viable, on doit fermer la boucle et fournir une certaine forme d’échange de valeur du consommateur du libre au producteur du libre. C’est évident et ne fait que reformuler le problème initial : comment peut-on fermer la boucle et redonner le sourire à notre producteur?

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Certains pourraient affirmer que puisqu’un producteur du libre est presque certainement aussi un consommateur du libre, il obtient une certaine valeur en retour en tirant profit lui aussi d’autres contenus et services libres. Comme dans une économie de cadeau. C’est probablement vrai, sauf que ça ne lui permet pas d’avoir plus d’argent dans ses poches (bien que cela aide certainement).

En regardant à nouveau le diagramme dans son ensemble, il y a un libellé qui s’impose de lui-même pour définir ce chaînon manquant.

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Le paiement libre. Un paiement que le consommateur est libre de faire ou non. Un paiement libre de toute valeur obligatoire. Un paiement libre de toute contrainte.

Le modèle du paiement libre est une solution intuitive, naturelle, élégante et simple au dilemme économique de la culture libre. Tellement qu’on le retrouve partout sur la toile et qu’il est utilisé depuis l’origine d’Internet. On l’appelle parrainage, don ou commandite, mais c’est exactement la même idée. Et il se développe constamment, passant presque inaperçu.

Parce que les gens veulent payer.

Ceux qui prétendent que les gens ne paieront jamais pour quelque chose qu’ils peuvent avoir gratuitement sous-estiment grossièrement l’intelligence et le bon sens du genre humain. Car ce n’est que le gros bon sens que de payer pour quelque chose que l’on utilise et apprécie. De cette façon, on s’assure d’en avoir encore plus à l’avenir. On garantit notre bonheur futur. C’est la chose intelligente à faire, d’un point de vue égoïste. Faire autrement finirait inévitablement par tuer la création du libre, et les gens sont assez sages pour comprendre cela.

Mais le paiement libre est avant tout une question de passion et d’amour. D’amour pour un artiste, un écrivain, de passion pour une communauté. C’est « une façon de se rapprocher, un signe d’approbation, un vote, une preuve de loyauté envers le producteur, et cela fait du bien au payeur ».

Je suis persuadé que le paiement libre, associé aux autres valeurs génératives énoncées dans Better Than Free, représente une solution, sinon la seule solution, à l’économie du libre. Parce qu’elle respecte et renforce les valeurs de la culture libre et de l’Internet. C’est une manière de concrétiser les promesses de la longue traîne. Une façon de donner espoir et soulagement aux innombrables créateurs du web. Un moyen de soutenir et de défendre l’explosion sans précédent de créativité et d’inventivité engendrées par Internet. Il en va de l’intérêt de chacun, producteurs et consommateurs du libre, tous les Netizens.

Et il ne lui reste plus qu’à atteindre une masse critique de participants pour que ce modèle ne devienne une vraie révolution économique.

Pour cela, la culture du paiement libre doit simplement être nourrie et encouragée, car ses racines sont déjà bien ancrées dans la culture du web. Déjà d’innombrables personnes contribuent par leur temps, talent, créativité et argent dans l’économie du libre. Cela s’appelle Open Source, web2.0, communautés en ligne, blogues, Wikipedia… et paiements libres, tous parties intégrantes de la révolution de la culture libre.

Le paiement libre pourrait être le chaînon manquant vers la réalisation d’une économie de cadeau prospère et durable pour la culture libre. Parce que les paiements libres sont eux aussi de véritables cadeaux.

Certains affirment que les économies de cadeau sont de pures utopies.

Je connais un groupe d’utopistes qui, une fois par année, créent dans un désert reculé du Nevada une fabuleuse société basée sur une économie de cadeau. Et ils réalisent là-bas des choses assez incroyables. Cela s’appelle le Burning Man.

Ils savent et je sais que les utopies sont très souvent de fort possibles futurs. Il n’en tient qu’à nous pour qu’elles se concrétisent.

Pierre M

(Merci à Dominique pour son travail de traduction)

À lire sur le même sujet : Plaidoyer pour le paiement libre

La longue traîne : une utopie?

Une étude publiée dans le Harvard Business Review remet en question la validité d’un concept cher aux optimistes de la nouvelle économie internet, dont je fais partie, la théorie de la longue traîne.

Mieux connu sous l’appellation « Long Tail », ce concept a été initialement énoncé par Chris Anderson dans un article de Wired (une traduction ici), puis popularisé par un livre à succès du même auteur. Cette théorie énonce que dans le marché internet, les produits dont la demande était traditionnellement trop faible pour intéresser les canaux de distribution classiques, vont collectivement représenter une part du marché égale ou supérieure à celle des best-sellers et autres blockbusters. Une opportunité pour tous les créateurs trop marginaux ou pas assez « tendance » au goût de l’industrie de connaître enfin un certain succès.

Selon l’étude réalisée par Anita Elberse, professeure au Harvard Business School, les promesses de la longue traîne ne se concrétiseraient tout simplement pas, et ce, malgré une diversification de l’offre sur internet. Tout au contraire, l’économie du « hit » serait même en croissance.

Les doutes sur cette théorie ne datent pas d’hier, mais de l’aveu même de Anderson, cette dernière étude est particulièrement solide. Bien sûr, celui-ci n’est pas d’accord avec les conclusions et il y répond sur son blogue, mais son argumentation n’est pas très convaincante. Le débat est quand même lancé.

À mon avis, le problème actuellement avec la longue traîne, c’est que celle-ci n’est pas nécessairement adaptée au paradigme économique traditionnel, toujours dominant sur le web. En d’autres mots, les concepts commerciaux des Amazon, iTunes et autres Netflix, souvent cités en exemple, sont encore et toujours basés sur une version web des magasins à rayon traditionnels, avec ses promotions, recommandations et mises en valeur des meilleurs succès.

Il ne faut pas oublier que le web est loin d’avoir trouvé sa propre niche économique, et que la très grande majorité de ce que l’on y retrouve est « donné », plus ou moins volontairement, par la communauté. Les promesses de la longue traîne ne se réaliseront vraiment que lorsqu’on aura trouvé « le » modèle économique qui récompensera un tant soit peu les contributeurs actuellement laissés pour compte. J’ai d’ailleurs ici déjà discuté de certaines pistes de solutions prometteuses qui pointent à l’horizon.

De plus, on ne balance pas tout d’un coup par la fenêtre 50 ans de consommation faite sous l’égide des dictats d’une industrie omnipotente, qui statuait pour nous de ce qui était bon ou beau. Nous, consommateurs, devons jusqu’à un certain point, réapprendre à décider par nous-mêmes. Et surtout, apprendre à explorer, à essayer, à expérimenter pour véritablement trouver chaussures à nos pieds. Et nous avons maintenant avec internet un outil extraordinaire à notre disposition pour ça.

Si j’étais vous, je ne lancerais pas trop vite la serviette en ce qui concerne la longue traîne.

Pierre M

L’empire contre-attaque

Ceux qui suivent un tant soit peu l’actualité techno ont certainement entendu parler de la saga entourant la tentative d’achat de Yahoo par Microsoft. Après moult péripéties, Microsoft a finalement abandonné l’idée, bien que des discussions soient apparemment toujours en cours.

Ce qui relance de plus belle les rumeurs récurrentes que Microsoft aurait des vues sur plusieurs autres « petits » joueurs de l’économie du Web2.0. Il faut comprendre que Microsoft est plus ou moins désespéré à trouver le moyen de rattraper Google dans la course à la domination du web. Suite à son échec avec Yahoo, et après avoir connu un succès très mitigé avec ses propres initiatives internes (Live Search Books en est le dernier exemple), plusieurs analystes croient que Microsoft n’a d’autre choix pour assurer sa croissance sur le web que d’acheter les plus prometteurs des plus petits joueurs de l’industrie. Les rumeurs les plus sérieuses concernent actuellement Facebook, mais Digg revient également souvent dans l’actualité.

Tout ça au grand désespoir de bien des utilisateurs pour qui Microsoft représente, à tort ou à raison, l’empire du mal de l’industrie technologique.

Mais toutes les analyses savantes omettent à mon avis de tenir compte du pouvoir émergent de l’économie du web2.0, le pouvoir des communautés d’utilisateurs. Ce pouvoir qui par exemple a récemment forcé Facebook à reculer avec son controversé système publicitaire Beacon. Les usagers font preuve de plus en plus d’activisme dans les affaires de leurs communautés, une tendance qui n’est pas près de s’inverser.

D’ailleurs, l’une des communautés les plus revendicatrices, et qui pourrait bien être précurseur de ce qui est à venir, est celle des utilisateurs du site Digg. C’est peut-être la première communauté d’utilisateurs à avoir mis en scène une révolte populaire en ligne. En mai 2007, après que de petits malins aient réussi à percer le secret de l’encryptage du HD DVD et du Blu-ray supposément inviolable, la clé de décryptage s’est retrouvée en première page de Digg. Appréhendant de possibles poursuites judiciaires, les gestionnaires ont décidé de supprimer tout message contenant le code, suscitant une forte réaction d’indignation dans sa communauté. Celle-ci a réagi en submergeant le site de messages contenant le code et ce, jusqu’à ce que les administrateurs se plient à leur volonté, au risque de voir Digg fermer boutique.

Et la dernière rumeur de la vente de Digg à Microsoft a également déclenché une importante vague de commentaires hostiles. Pour ce qui est de Facebook, j’ai dénombré plus de 40 groupes opposés à une prise de contrôle par Microsoft. Cela n’empêchera peut-être pas les actionnaires de vouloir vendre, mais ce genre de réaction des utilisateurs devrait certainement faire réfléchir les acheteurs potentiels, surtout s’ils sont impopulaires. Après tout, un site web2.0 ne vaut pas grand-chose sans sa communauté.

Tous les joueurs du web dont le succès dépend un tant soit peu de la participation des internautes doivent réaliser qu’ils comptent désormais un nouveau membre dans leur conseil d’administration, et dans certains cas, un membre ayant une influence prépondérante sur leurs destinées. Ils se doivent d’en tenir compte dans les décisions corporatives.

Si j’étais à la place de Microsoft, je considèrerais sérieusement l’opinion des usagers avant de lâcher tous ces millions.

Pierre M.

Le "cloud computing », une opportunité pour l’environnement?

Un billet qui m’a bien fait rire : The looming battle between Old Economy (Microsoft) and New Economy (Google).

Bon, c’est vrai que je ne suis pas un assidu des nouvelles économiques, mais c’est la première fois que je tombais sur quelqu’un qui cite Microsoft comme faisant partie de la « vieille » économie.

Cela dit, ce que je trouve important de retenir de ce texte, c’est la montée en force du « cloud computing« . Ce nouveau « buzz word » décrit un paradigme informatique où le stockage des données et l’exécution des applications s’effectuent non plus localement sur l’ordinateur de l’utilisateur, mais ailleurs sur le web, via un « nuage » de serveurs et d’ordinateurs. Présentement, Google en est le champion, et il investit massivement dans de super centres de données. IBM a fait une annonce à ce sujet également, et les deux collaborent en plus.

Et le « cloud computing », en plus de menacer l’hégémonie de Microsoft, c’est possiblement, selon moi, une bonne nouvelle pour la planète. Je m’explique.

Un des impacts importants que cette technologie aurait sur nous, simple utilisateur, c’est que nous n’aurions plus besoin nécessairement d’un ordinateur, tel qu’on le connaît actuellement, pour utiliser les applications courantes. Un simple bidule avec des fonctions de communication réseau (haute vitesse de préférence, naturellement), d’affichage et de saisie pourrait, théoriquement, très bien faire l’affaire.

Non seulement n’aurions-nous plus à investir des sommes ridicules pour de super ordinateurs aux capacités rarement pleinement exploitées (levez la main ceux qui utilisent plus de 10 fonctions dans Word?), mais en plus, nous serions beaucoup moins les otages de la surenchère technologique qui fait loi depuis les débuts du IBM PC.

Vous savez, cette surenchère qui nous oblige à changer d’ordinateur tous les deux ans pour pouvoir survivre (OK, j’exagère, tous les trois ans!)?

Car dans ce type d’architecture, ce sont les ordinateurs et serveurs du « nuage » qui doivent suivent le rythme technologique. Le bidule utilisateur, lui (un « googleputer »? 🙂 ), doit simplement être capable de communiquer, d’afficher et de saisir, c’est tout. L’industrie doit bien être capable de s’entendre sur un standard qui sera tout à fait adapté pour faire ça durant quelques années, non?

Bon encore une fois, on me dira que je rêve en couleur, et que les grosses multinationales méchantes vont bien trouver un moyen de nous forcer à remplacer notre « googleputer » aux 2 ans. Peut-être. Mais en tout cas, c’est certainement une « opportunité d’affaire » pour nous consommateurs.

Mais c’est surtout une opportunité pour les écologistes et pour la santé de notre planète.

Je ne comprends d’ailleurs pas que les environnementaliste n’aient pas enfourché davantage ce cheval de bataille. C’est bien beau militer pour la récupération, mais ne devrait-on pas surtout combattre le problème à la source? Et cesser de fabriquer du matériel plein de produits toxiques irrécupérables devant être systématiquement changé et jeté aux ordures après quelques années seulement?

Il y a là peut-être un espoir.

Pierre M