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Tethered Appliances : péril en la demeure

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J’ai parlé récemment du très intéressant livre The Future of the Internet and How to Stop It dans lequel il est soutenu, entre autres, que la montée en popularité des appareils verrouillés du genre iPhone, parce qu’ils sont « stériles », menacerait les fondements de ce qui a permis la révolution numérique que nous connaissons, la générativité d’Internet et de l’ordinateur personnel.

Dans son livre, l’auteur Jonathan Zittrain discute également abondamment d’une autre tendance tout aussi dangereuse et de plus en plus présente dans l’écosystème Internet : celle des « tethered appliances » c.-à-d. des appareils « tenus en laisse » par leurs fournisseurs.

Nous sommes depuis longtemps confrontés avec ce concept dans les applications informatiques que nous utilisons tous les jours. En effet, il est maintenant courant pour un logiciel ou un système d’exploitation de garder contact avec son créateur pour, par exemple, effectuer des mises à jour ou rapporter des problèmes. Certains développeurs sont allés encore plus loin en utilisant cette « laisse » pour combattre avec plus ou moins de succès le piratage de leurs produits. Mais dans le cas des logiciels pour PC ou pour MAC, l’appareil étant lui-même pleinement génératif, l’usager a toujours le choix d’installer un autre logiciel si cette laisse ne fait pas son affaire.

Une telle fonctionnalité est beaucoup plus pernicieuse lorsque les utilisateurs n’ont pas vraiment ce choix, comme dans le cas des appareils verrouillés. Même si le consommateur achète tout à fait légitimement un tel appareil, d’une certaine façon il n’en est jamais véritablement propriétaire. C’est plutôt un nouveau genre de location à long terme où le fabricant conserve à jamais le droit de modifier l’appareil à sa guise et selon ses propres intérêts. Avec bien des avantages sûrement (correction de bogues, ajout de fonctions, etc.), mais également des possibilités de dérives et d’abus extraordinaires.

Un des exemples dramatiques cités par Zittrain pour en illustrer les dangers concerne la possibilité « d’écouter aux portes » des utilisateurs d’appareils « tethered ». Il cite notamment le cas où un véhicule équipé d’un système OnStar a été reprogrammé à distance pour espionner les occupants suite à une injonction d’un corps policier. Et il s’inquiète avec raison de l’utilisation que pourraient faire de ces technologies les régimes politiques répressifs.

Mais, à mon avis, le plus grand danger est beaucoup moins spectaculaire et surtout plus insidieux. Un danger que Apple, avec son iPhone, pourrait bien être en voie de démontrer.

Sous ses airs de produit pleinement personnalisable, le iPhone est peu génératif au sens « Zittrain » du terme, le fabricant exerçant un strict contrôle des applications qu’il est possible d’y installer. C’est un appareil (presque) verrouillé et quasi stérile.

C’est également un appareil solidement tenu en laisse par son fabricant. En effet, à l’indignation des aficionados de la pomme qui ont eux-mêmes découvert le pot aux roses, Apple a confirmé que son appareil phare était muni d’une « kill switch » permettant de désactiver à distance des logiciels « malicieux ou inappropriés » déjà installés dans l’appareil.

Jusqu’à présent, les quelques cas où des applications ont fait l’objet d’un refus de la part de Apple ont soulevé peu de controverses. Ce dernier incident ici, qui implique un petit jeu pas très « politically correct », n’en soulèvera probablement pas davantage. Mais celui-ci est à mon avis beaucoup plus lourd de signification et démontre les dangereuses possibilités de dérive associées à un tel contrôle. Apple est pris en flagrant délit de censure morale arbitraire carabinée.

Certains diront que cela est somme toute une très banale et inoffensive censure?

Nonobstant le fait qu’il est périlleux pour une société démocratique, où la liberté d’expression est cruciale, de laisser l’entreprise privée s’arroger le droit de dicter les limites à cette liberté, c’est également la négation du principe de base qui fait d’Internet une si extraordinaire invention : la libre circulation de toutes les formes d’expressions et d’innovations.  Et cela nous donne une idée du genre d’Internet qui en résulterait : un Internet à la merci de la rectitude politique, un média ou l’anticonformisme et la contre-culture seraient réduits au silence.

Ce qui est alarmant c’est que cette tendance vers les appareils « tethered » est loin d’être marginale. À preuve, Google « Don’t be evil » lui-même a inclus une « kill switch » similaire dans Android, son tout nouveau système d’exploitation Open Source pour les appareils mobiles. Et déjà une première controverse se dessine peut-être à l’horizon pour celui-ci.

Chose certaine, l’avènement des « Tethered Appliances » est un autre pas dangereux vers la fin de l’Internet tel que nous le connaissons.

Pierre M

Le nuage bientôt plaqué Chrome?

Une grosse nouvelle dans le monde du web m’attendait au retour de vacances, le lancement de Google Chrome. On en a parlé et on en parle toujours beaucoup et partout, et je ne reviendrai donc pas sur les détails de la bête, sauf pour en souligner la signification dans l’univers émergeant du Cloud Computing.

En effet, la plupart des analystes ne s’y sont pas trompés, il s’agit davantage pour Google d’un premier pas vers un nouveau genre de système d’exploitation destiné aux applications web que d’un simple fureteur. On le devine au langage utilisé pour le présenter, ou par certaines de ses caractéristiques, et de plus certain dirigeant de Google ne le cache pas, Chrome représente l’ébauche d’une future plateforme d’exploitation pour les applications web, qui résiderait dans les futurs ordinateurs des futurs et probablement nombreux utilisateurs du nuage.

Rappelons-nous que dans le monde du nuage, point n’est besoin du traditionnel système d’exploitation complet et complexe à la Leopard, Vista et cie. Un système d’exploitation solide, discret et surtout aux fonctions minimalistes (basé par exemple sur Linux), avec comme quasi unique application un fureteur/système d’exploitation internet, maintenant omnipotent et omniprésent, c’est tout ce dont l’usager a besoin sur son poste de travail pour profiter des bienfaits et inconvénients du nuage.

Autre détail significatif, le code source de Chrome sera disponible sous licence Open Source, une façon bien sûr de s’assurer la sympathie de la « free culture » et les ressources de la communauté Open Source, mais également un pied de nez aux concurrents plus « traditionnels » de Google.

Naturellement, plusieurs crient au loup de l’hégémonie et brandissent le spectre de Big Brother. Non seulement Google exerce depuis longtemps une domination outrageuse au coeur même du nuage avec son incontournable moteur de recherche, non seulement investit-il massivement dans l’infrastructure matérielle et dans les applications logicielles du nuage, mais il commerce maintenant à placer ses pions pour en contrôler le chaînon manquant, la porte d’entré des utilisateurs. Quoi qu’il en soit, Chrome représente un produit significatif dans la poussée « omnipotentielle » de Google.

Connaissant la réputation discutable de Google, et malgré que celui-ci fait des efforts louables, il y a certainement de bonnes raisons pour rester vigilants. D’autant plus que l’affaire Chrome avait bien mal commencé de ce côté-là. Bref, souhaitons dorénavant plus que jamais que Google s’en tienne à sa célèbre devise « Don’t be evil« .

Évidemment, j’ai essayé Chrome. Il est exceptionnellement rapide, simple et robuste, surtout pour une version bêta. Il n’y manque que des plug-in à la Firefox (dont je ne peux plus me passer) pour que la tentation de changer de fureteur devienne irrésistible. Et l’on peut compter sur la communauté Open Source pour que cela ne soit qu’une question de temps.

Pierre M

Big Brother Google

Via Revue de web du Nouvel Obs.

La branche française des Big Brother Awards (BBA-F) vient de décerner un prix Orwell 2007 à Google pour l’ensemble de son oeuvre.

Les Big Brother Awards sont des « récompenses » octroyées aux entreprises privées, aux agences gouvernementales ou aux individus qui ont particulièrement « excellé » dans les violations de la vie privée. Ils sont remis indépendamment dans une quinzaine de pays, et la première remise internationale a eu lieu en mai 2007 à Montréal.

Selon un rapport du groupe Privacy International, Google est la seule entreprise à avoir obtenu la pire appréciation « Hostile to privacy » lors d’une étude comparative de 23 grands sites internet. À ma grande surprise, Google a même été jugé pire que Facebook à ce chapitre. C’est tout dire, et très inquiétant.

D’autant plus inquiétant que Google est l’un des chefs de file du Cloud Computing, cette tendance lourde, et à mon avis très prometteuse, qui émerge inéluctablement dans le monde de l’informatique et du web. Et avec l’avènement du Cloud Computing, l’enjeu de la protection des informations personnelles et de la vie privée sera exacerbé d’une façon sans précédent.

Si l’on veut que les internautes puissent bénéficier du Cloud Computing tout en évitant que celui-ci ne devienne un outil d’aliénation dangereux entre les mains des puissants de ce monde, la communauté devra trouver une façon de modérer les dérives de l’industrie en ce domaine.

Ce qu’il serait souhaitable, c’est que la communauté web se dote de ses propres règles de confidentialité et de conditions d’utilisation, élaborées par l’entremise d’un wiki par exemple. Puis, en favorisant dans les choix de consommation les entreprises qui y souscrivent, qu’elle « convainque » l’industrie d’y adhérer par la seule force de son poids économique. La réussite d’une telle initiative ne dépendrait que de l’importance de la communauté et de son degré d’activisme. Il s’agit d’arriver à atteindre une masse critique d’internautes pour que le mouvement connaisse une croissance catalytique, et devienne incontournable pour l’industrie. Rien d’impossible avec une bonne campagne de promotion et de sensibilisation. C’est à mon avis tout à fait réalisable, et hautement souhaitable.

En tout cas, s’il y a des volontaires pour mettre en place ce genre d’initiative, ou si cela existe déjà, je participerai avec plaisir.

Sinon, on pourrait un jour en arriver à ça. 😉

Pierre M

Le "cloud computing », une opportunité pour l’environnement?

Un billet qui m’a bien fait rire : The looming battle between Old Economy (Microsoft) and New Economy (Google).

Bon, c’est vrai que je ne suis pas un assidu des nouvelles économiques, mais c’est la première fois que je tombais sur quelqu’un qui cite Microsoft comme faisant partie de la « vieille » économie.

Cela dit, ce que je trouve important de retenir de ce texte, c’est la montée en force du « cloud computing« . Ce nouveau « buzz word » décrit un paradigme informatique où le stockage des données et l’exécution des applications s’effectuent non plus localement sur l’ordinateur de l’utilisateur, mais ailleurs sur le web, via un « nuage » de serveurs et d’ordinateurs. Présentement, Google en est le champion, et il investit massivement dans de super centres de données. IBM a fait une annonce à ce sujet également, et les deux collaborent en plus.

Et le « cloud computing », en plus de menacer l’hégémonie de Microsoft, c’est possiblement, selon moi, une bonne nouvelle pour la planète. Je m’explique.

Un des impacts importants que cette technologie aurait sur nous, simple utilisateur, c’est que nous n’aurions plus besoin nécessairement d’un ordinateur, tel qu’on le connaît actuellement, pour utiliser les applications courantes. Un simple bidule avec des fonctions de communication réseau (haute vitesse de préférence, naturellement), d’affichage et de saisie pourrait, théoriquement, très bien faire l’affaire.

Non seulement n’aurions-nous plus à investir des sommes ridicules pour de super ordinateurs aux capacités rarement pleinement exploitées (levez la main ceux qui utilisent plus de 10 fonctions dans Word?), mais en plus, nous serions beaucoup moins les otages de la surenchère technologique qui fait loi depuis les débuts du IBM PC.

Vous savez, cette surenchère qui nous oblige à changer d’ordinateur tous les deux ans pour pouvoir survivre (OK, j’exagère, tous les trois ans!)?

Car dans ce type d’architecture, ce sont les ordinateurs et serveurs du « nuage » qui doivent suivent le rythme technologique. Le bidule utilisateur, lui (un « googleputer »? 🙂 ), doit simplement être capable de communiquer, d’afficher et de saisir, c’est tout. L’industrie doit bien être capable de s’entendre sur un standard qui sera tout à fait adapté pour faire ça durant quelques années, non?

Bon encore une fois, on me dira que je rêve en couleur, et que les grosses multinationales méchantes vont bien trouver un moyen de nous forcer à remplacer notre « googleputer » aux 2 ans. Peut-être. Mais en tout cas, c’est certainement une « opportunité d’affaire » pour nous consommateurs.

Mais c’est surtout une opportunité pour les écologistes et pour la santé de notre planète.

Je ne comprends d’ailleurs pas que les environnementaliste n’aient pas enfourché davantage ce cheval de bataille. C’est bien beau militer pour la récupération, mais ne devrait-on pas surtout combattre le problème à la source? Et cesser de fabriquer du matériel plein de produits toxiques irrécupérables devant être systématiquement changé et jeté aux ordures après quelques années seulement?

Il y a là peut-être un espoir.

Pierre M