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La fin de l’Internet: des signes avant-coureurs?

Une nouvelle horrifiante sur le front de la neutralité du net. L’Australie s’apprêterait à mettre en place un système obligatoire de filtrage du contenu pour tous les fournisseurs d’accès Internet du pays.

Les intentions censoriales du gouvernement australien ne sont pas nouvelles, mais celui-ci avait jusqu’à présent laissé croire que le système serait optionnel. L’objectif étant avant tout d’empêcher les mineurs d’accéder à du contenu pornographique, une clause de « opt-out » était prévue. Mais il n’en est rien. Les Australiens auront tout juste la possibilité de choisir leur niveau de censure, le matériel considéré comme « illégal » étant obligatoirement filtré, avec toutes les possibilités d’abus et de dérive que cela implique.

On n’est plus surpris d’apprendre ce genre de chose en provenance de pays totalitaires, mais venant d’une démocratie soi-disant ouverte et libre, c’est tout simplement terrifiant.

Ce genre de filtre est notoirement facile à contourner (pour l’instant), mais n’empêche que cela démontre clairement que personne sur la planète n’est à l’abri des ambitions orwelliennes de sa classe dominante. Particulièrement quand un pays est gouverné par des gens ayant une propension troublante à s’approprier le droit de décider de ce qui est ou non contraire à « l’ordre public ».

Justement ici au Canada, le CRTC entreprendra sous peu des audiences publiques sur le sujet.

J’ai de plus en plus peur à mon Internet. Pas vous?

Pierre M

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Neutralité du net: l’apocalypse selon internet

Et si bientôt s’abonner à internet ressemblait à ça? Monstrueux, n’est-ce pas?

C’est le scénario catastrophe annoncé par le groupe I Power sur son site, rien de moins que la fin d’internet tel qu’on le connaît, d’ici 2012.

Selon lui, les grands fournisseurs d’accès à internet (FAI) de la planète seraient actuellement en pourparlers avec les grands producteurs de contenus pour transformer le web en un genre de télévision « améliorée ». Et cela aurait été confirmé par des employés de Bell et Telus au Canada. Tous les FAI auraient signé un accord de confidentialité à ce sujet et c’est pourquoi la chose ne ferait pas plus de vagues.

J’en conviens, tout ça fait un peu théorie du complot et ressemble un peu beaucoup au genre de coup publicitaire « arrangé avec le gars des vues » dont le web a le secret. Ce qui n’aide pas non plus, c’est que les membres de I Power apparaissant dans la vidéo sont connus pour avoir un parcours pour le moins ambigu (et néanmoins très distrayant), où il est souvent difficile de faire la part entre la fiction et la réalité.

Par exemple, le premier a réalisé un (vrai?) documentaire sur la (fausse?) vie du deuxième, qui clame être le (vrai?) meilleur joueur du jeu World of Warcraft, le troisième étant son (faux?) amant BDSM, qui lui semble être le (vrai?) petit ami de la dernière, qui elle est davantage connue pour ses (vrais?) décolletés et pour avoir offert 40 000 (faux?) « blowjobs » afin de se faire élire sous la bannière d’un (vrai?) parti au sénat belge. Ouf!

Bref, tout ça pour dire qu’il faut prendre leur « scoop » avec un gros grain de sel.

Vu la gravité des affirmations, j’ai quand même fait quelques recherches sur la toile sur cette fin annoncée, pour n’y trouver ni confirmation, ni réfutation.

J’y ai cependant trouvé plusieurs articles et vidéos, la plupart plus anciens, tout aussi alarmistes. Dont celui-ci très récent, qui cite plusieurs indices qui laissent croire qu’un tel dénouement est tout à fait plausible et même probable si rien n’est fait.

Mais surtout, je suis tombé sur cette très récente et troublante étude du très respectable institut Fraser. En bref, celle-ci conclut que la neutralité du net est une mauvaise idée, que l’on ferait mieux de laisser les FAI faire ce qu’ils veulent, et que les abus, si abus il y a, peuvent très bien être réglés à la pièce.

J’ai lu cette étude avec attention et j’ai été complètement sidéré par l’argumentation, et aussi déçu qu’un tel institut puisse cautionner ce genre de papier. Il m’apparaît évident que le but réel de l’étude est de démontrer des conclusions déjà connues à l’avance. C’est typiquement le genre « d’étude » auquel on s’attend lorsqu’elle est commandée et payée par des lobbyistes ou une société, afin de justifier une idéologie dans l’opinion publique.

Peut-être que le scoop de I Power est un canular, c’est même probable. La table n’est peut-être pas encore tout à fait mise pour voir la fin d’internet, mais les forces anti-neutralité sont définitivement en train de placer leurs pions sur l’échiquier. Et si ceux-ci gagnent le combat législatif, le risque est énorme que ce scénario catastrophe se réalise : un réseau dont le contenu et l’accès sera étroitement contrôlé par les corporations, un internet « pay-for-everything » où le contenu indépendant ou le moindrement subversif risque fort de n’avoir plus sa place.

Dans ce contexte, canular ou non, cette nouvelle aura eu tout de même l’avantage d’attirer l’attention sur le sujet. Et le sujet de la neutralité du net a besoin de beaucoup plus d’attention qu’il n’en a actuellement. Après tout, ceux qui s’opposent à la neutralité ne font pas toujours preuve de plus de rigueur dans leur message.

Ajout du 23 juin: voir également mon autre billet sur la neutralité du net.

Pierre M

La neutralité du net, une nouvelle lutte des classes

Le sujet de la neutralité du net revient dans l’actualité canadienne depuis quelques semaines. Avec raison. S’il y a bien un sujet important concernant internet, c’est celui-là. Si vous êtes de ceux qui ne savent toujours pas ce dont il est question, je vous en supplie, informez-vous au plus vite et prenez part au débat.

En (très) résumé, la neutralité du net, neutralité de réseaux ou « network neutrality » en langue franque, est le principe selon lequel un réseau de communication (internet dans le cas qui nous intéresse) ne doit pas favoriser d’une façon ou d’une autre un contenu, une application ou un service au détriment d’un autre. Pour plus de détails, je vous suggère simplement de googler tout ça, mais comme introduction je vous recommande les liens ici, ici, et .

Chez nos voisins du sud, le débat est bien engagé et fait rage depuis un certain temps déjà. Tandis que chez nous, il ne fait que commencer. Et ici, il semble vouloir prendre deux formes en apparence différentes.

Il y d’abord le fournisseur d’accès internet Bell qui a été pris en flagrant délit de manipulation du trafic (traffic shaping). Sous prétexte de ménager la bande passante pour ses « honnêtes » clients, Bell ralentit les applications d’échange de fichiers (P2P) surtout utilisé, c’est bien connu, par les méchants pirates. Ce n’est peut-être qu’une drôle de coïncidence que celui-ci vient tout juste de lancer sa propre boutique de téléchargement en ligne, mais vous avouerez que Bell est en très, très gros conflit d’intérêts. Et il ne serait pas le seul au Canada à s’adonner à ce genre de pratique.

Il y a également le lobby culturel canadien (québécois?), l’ADISQ en tête, qui milite ardemment pour un « contrôle de notre environnement culturel » afin de donner « une place prépondérante aux contenus canadiens » sur internet. En clair, l’ADISQ voudrait que le CRTC oblige les fournisseurs d’accès à offrir les contenus canadiens en priorité à leurs abonnés. Ça peut paraître à priori un objectif louable, mais il n’est pas difficile d’imaginer comment cela ouvrirait la porte aux abus de toutes sortes. Sans compter que c’est drôlement une solution de « looser », comme si nous n’étions pas capables de produire du contenu suffisamment bon et qu’on doit donc forcer les internautes à s’y intéresser.

Bref, suite à tout ce brouhaha, le CRTC réfléchit à une possible réglementation et un projet de loi privé a été déposé par un membre de l’opposition à Ottawa pour protéger la neutralité du web au Canada. Mais le débat parlementaire est loin d’être gagné.

Mais ce qui me frappe dans tout ça c’est que, encore une fois, c’est une lutte des classes qui se dessine. Une lutte entre la classe dominante économique, les gros joueurs de l’industrie du divertissement entre autres, et nous, internautes-citoyens-consommateurs « ordinaires », nous le nouveau prolétariat.

Ce ne serait pas la première lutte des classes de l’histoire ayant été provoquée par une percée technologique, loin de là. La révolution industrielle du 19e siècle ainsi que celle de l’automatisation et de l’informatisation au 20e siècle sont toutes des exemples de « sauts » technologiques ayant déclanché une lutte entre la classe politico-économique et la classe ouvrière.

Mais une différence cruciale existe entre ces dernières et la lutte pour la neutralité du net. Une différence qui fait en sorte que cette invention extraordinaire qu’est internet est véritablement en péril.

Contrairement à toutes les autres inventions récentes qui ont façonné notre monde, internet ne favorise pas à priori les intérêts de la classe dominante. On le voit bien avec la « free culture » et les efforts désespérés de l’industrie musicale pour protéger ses acquis, le web donne le gros bout du bâton aux internautes. Comme j’en ai souvent discuté dans ce blogue, bien que beaucoup reste à faire pour le concrétiser, le web donne potentiellement un pouvoir énorme aux consommateurs et aux citoyens.

Mais le problème c’est que ce sont les classes dominantes qui passent les lois. Ou, à tout le moins, qui ont une influence prépondérante sur celles-ci.

C’est pourquoi il est si important que toute la population numérique s’unisse derrière cette cause et passe rapidement aux actes. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra contrer les forces dominantes qui veulent transformer le web en télévision améliorée. Et nous avons pour nous la force du nombre et, grâce au web, la puissance de l’information et du ralliement.

D’innombrables initiatives visant la défense de la neutralité du net existent sur la Toile. Des plus sérieuses aux plus pédagogiques, en passant par les plus alarmistes, celles de personnalités connues, et d’autres pour le moins… originales.

C’est ultimement la survie même du web qui est en jeu et aucun internaute n’a le droit d’ignorer ce débat.

Aux armes numériques, citoyens-internautes! C’est le temps de passer à l’action.

Pierre M

Ajout du 23 juin: voir également mon autre billet sur la neutralité du net.